Hobosexuels : l'amour qui squatte votre canapé et votre compte en banque
Hobosexuels : squatteurs sentimentaux en quête de logis

L’amour fou, l’amour passionnel. Celui qui défie tout entendement, toutes les lois de la normalité. Celui où l’étape de l’installation arrive dès le premier date, et non après plusieurs mois de fréquentation. Une relation qui va vite, très vite (trop vite surtout). Au début, cela ressemble presque à un fantasme romantique moderne : quelqu’un qui veut déjà dormir chez vous, passer tout son temps avec vous, ne plus vous quitter.

Et puis soudainement, les affaires s’accumulent, le frigo se vide en même temps que votre compte en banque et vous vous retrouvez à partager votre appartement… Sur les réseaux sociaux ou dans les médias, un mot revient désormais pour décrire ces situations : les « hobosexuels ». Derrière les vidéos qui s’amusent de ce nouveau « red flag », les témoignages, eux, racontent une réalité bien moins légère.

Etre « hobosexuel », c’est quoi ?

Le mot pourrait faire rire toute la table lors d’un repas de famille… Pourtant derrière ce terme se cache une réalité beaucoup moins drôle. Le terme apparaît en 2017, pour Rolling Out, la définition est simple : « Qu’est-ce qu’un hobosexuel ? C’est une personne qui sort avec vous dans le seul but d’avoir un endroit où rester - pas un véritable intérêt romantique », car « Hobo » en anglais signifie « vagabond ».

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C’est finalement une fine frontière entre l’idée « d’emménager ensemble »… et le « cette personne a emménagé chez moi » témoigne le média Esquire India. « Contrairement à l’image romantique du bohème qui erre par choix, le hobosexuel est plus stratégique. Il charme son chemin jusque dans votre vie… et votre appartement, souvent avec un sac de voyage, avant de rester bien plus longtemps que ce qu’on pourrait raisonnablement appeler une simple soirée pyjama. »

Au début, le comportement peut même sembler flatteur : la personne est très présente, très investie, ne peut plus se séparer de vous, même une seule soirée. Mais derrière cela, les témoignages recueillis par le média canadien Urbania, décrivent une autre réalité : « Il se croyait tout permis, même s’il ne payait rien… » explique Mélanie au média.

Le cœur a ses raisons… que le loyer ignore

Après quelques jours de discussion, son date lui explique un soir que ses colocataires viennent de le mettre dehors. Elle accepte qu’il dorme chez elle « juste pour une nuit » : « Il est arrivé avec toutes ses affaires ! », raconte-t-elle à Urbania. Quelques jours plus tard, la situation dégénère. « Il devient méchant, manipulateur et même violent », explique-t-elle. Lorsqu’elle tente de le faire partir, elle découvre même qu’il peut être compliqué d’expulser quelqu’un vivant chez vous, même sans être officiellement sur le bail. Une autre victime, Geri, raconte avoir laissé son compagnon s’installer chez elle après qu’il lui ait expliqué ne pas avoir renouvelé son bail : « Il est arrivé chez moi avec une télé et une poche de linge qui pue », résume-t-elle.

Interrogé par 20 Minutes, Emma* explique se souvenir que son meilleur ami avait une technique bien à lui lors de leurs études d’architecture : « Il préférait investir dans Tinder Gold plutôt que dans des Airbnb », raconte-t-elle. Grâce à cette option, il pouvait changer sa localisation, et matcher des femmes dans les villes où il devait se rendre pour des concours. L’objectif ? « Faire d’une pierre deux coups », lui aurait-il expliqué : obtenir un date… et un logement gratuit pour la nuit. Chloé** elle a vu sa meilleure amie se faire avoir par un « hobosexuel » : « Le mec s’est installé chez elle pendant cinq à six mois. Dès qu’elle essayait d’expliquer qu’elle avait besoin de temps pour elle, chez elle, il lui faisait du chantage affectif », explique-t-elle. Aujourd’hui séparées, elles ont appris que l’homme était déjà dans une nouvelle relation, mais surtout dans un nouvel appartement.

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Je ne t’aime plus (si tu ne payes plus)… mon amour

Car oui, entre amour et logistique, il n’y a finalement qu’un pas. Mais entre amour et violence économique aussi. Dans beaucoup de témoignages, le problème ne se limite pas à « un partenaire qui squatte un peu trop longtemps ». Il est aussi question d’argent, de dépendance, d’emprise et parfois même de contrôle. Urbania rappelle d’ailleurs que le fait d’imposer des dépenses à son ou sa partenaire est une forme de violence économique qui fait partie du cycle de la violence conjugale.

Une notion encore peu connue du grand public, mais qui désigne notamment le fait de profiter financièrement de son partenaire. Selon la définition de Service Public, cela « correspond à un état d’emprise financière d’un conjoint sur l’autre. Elles font partie des violences conjugales, et se caractérisent par un appauvrissement, un manque à gagner et/ou un contrôle financier subis par un des conjoints ». Dans le témoignage de Chloé, sa meilleure amie a payé seule un loyer et les courses, pour deux personnes. Dans l’un recueilli par le média canadien, l’une des victimes raconte avoir perdu entre 5.000 et 6.000 dollars dans cette relation.

Si en 2017, le New York Post qualifiait déjà les « hobosexuels » de « pire plaie du dating depuis le ghosting », une décennie plus tard, cette pratique continue d’affecter des relations. Alors la prochaine fois qu’une personne tente de rester chez vous plusieurs soirs d’affilée, posez-vous peut-être les bonnes questions. Histoire que cette relation soit pour le meilleur… et pas seulement pour le loyer.

* et ** : noms d’emprunt utilisés pour préserver l’anonymat.