Le marché halal français : une croissance portée par des consommateurs diversifiés
« Un Long Chicken, ça reste un Long Chicken. » Pour Micka, jeune Perpignanais de 20 ans, le fait que son sandwich Quick soit désormais 100% halal ne change strictement rien à son expérience gustative. « Ça n'a pas d'importance. Le Long Chicken a le même goût que lorsqu'il n'était pas halal », affirme cet étudiant qui connaît bien les burgers.
Un marché en expansion constante
Comme Micka, environ 30% des consommateurs réguliers de produits halal en France ne sont pas de confession musulmane, selon Bernard Boutboul, président du cabinet Gira Conseil, expert de la consommation hors domicile. Cela représente entre trois et quatre millions de clients. « C'est un marché qui grossit d'année en année », insiste le spécialiste.
Le secteur pèse désormais entre 5,5 et 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Les ventes de produits halal en grande distribution ont progressé de plus de 12% en 2024, l'une des croissances les plus rapides du secteur agroalimentaire français.
Pratique plutôt que religieux
Une étude du Crédoc révèle que 45% des personnes interrogées déclarent avoir consommé des produits halal « par hasard ou par indifférence », contre seulement 21% pour des « motifs religieux ». On retrouve des proportions similaires pour les produits casher, avec 41% de consommateurs occasionnels.
« Dans certains quartiers, les commerces sont majoritairement halal – boucheries, kebabs, snacks. Les habitants achètent ce qui est à côté de chez eux, tout simplement. Ce n'est pas un choix religieux, c'est un choix pratique », analyse Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman.
Le choix de Micka illustre parfaitement cette tendance : « J'habite à côté. Je ne vais pas parcourir toute la ville à la recherche d'un Quick qui n'est pas halal, juste parce que je ne suis pas converti. Ce n'est pas réservé aux musulmans, que je sache ! »
Une stratégie commerciale payante
Bernard Boutboul, qui a étudié le passage au halal de chaînes comme Quick ou KFC, constate que « la génération Z ne comprenait même pas qu'on pose la question. Pour eux, c'est un total non-sujet ».
Azeddine Bahi, directeur général de l'ARGML, l'un des leaders de la certification halal en France, confirme cet enthousiasme : « Chaque année, on a de plus en plus de partenaires, la demande ne fait que croître. Aujourd'hui, on couvre 187 restaurants Quick. Et Isla Delice représente 50% des parts de marché en charcuterie. »
Pour ces enseignes, la stratégie est gagnante : elles conservent leur clientèle traditionnelle tout en attirant les consommateurs pratiquants. Selon Nicolas Nouchi, directeur des études Strateg'eat, un établissement de restauration rapide passant au halal enregistre en moyenne une croissance de 30% de son chiffre d'affaires.
Un sujet parfois polémique
Malgré cette croissance, le sujet reste sensible politiquement. Lorsque KFC a annoncé son intention de transformer certains restaurants, la marque a été la cible de nombreuses critiques, notamment d'élus du Rassemblement national. « Il peut y avoir un effet repoussoir », confirme Bernard Boutboul.
Face à cette réalité, les enseignes « ne révèlent pas toujours qu'elles sont halals. La majorité ne le dit pas ». Pourtant, l'expert de Gira assure que 90% des nouveaux fast-foods sont halal, ainsi que 90% du poulet hors domicile.
Les motivations des consommateurs
Plusieurs facteurs expliquent cette consommation halal par des non-musulmans :
- Disponibilité : L'absence d'alternative est fréquemment citée, comme pour Bastien qui achète régulièrement du poulet halal au supermarché faute de trouver du non-halal.
- Pratique sociale : « Quand on a des amis, un conjoint, ou des voisins musulmans, le plus simple pour partager un repas, c'est de prendre du halal », note Florence Bergeaud-Blackler.
- Prix attractif : Le halal est souvent moins cher. Une étude d'Halaltest de 2025 montrait qu'à Lyon, le kilo d'agneau était en moyenne de 9,90 euros en boucherie halal contre 12,50 euros en boucherie non-halal.
- Perception de qualité : 21% des consommateurs choisiraient le halal « car il a meilleur goût », selon le Crédoc, même si cette perception ne correspond pas nécessairement à la réalité.
Bernard Boutboul nuance : « La qualité du halal comme du non-halal dépend du fabricant. » Quant à Micka, il reste catégorique : halal ou pas, son burger conserve exactement le même goût à ses yeux.



