La Coupe du monde masculine de football 2026 ne se joue pas seulement sur les terrains. En coulisses, une guerre commerciale oppose les trois pays hôtes — États-Unis, Canada et Mexique — autour de la bière, boisson emblématique des festivités. Selon une analyse de Jean-Guillaume Ditter, professeur à la Burgundy School of Business publiée par The Conversation, la consommation mondiale de bière devrait augmenter de 560 millions de litres à l'occasion de l'événement.
Un marché dominé par un géant belge
Le consommateur a le choix entre une Budweiser (États-Unis), une Corona (Mexique) ou une Labatt Blue (Canada). Mais ces trois marques appartiennent au même groupe : le belge ABInBev, qui détient plus de 500 marques et contrôle 25 % du marché mondial de la bière. Cette concentration illustre l'intégration de la filière brassicole nord-américaine, fortement interconnectée depuis l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) de 1994, devenu ACEUM en 2018.
Des interdépendances complexes
Les États-Unis et le Canada produisent l'orge, le malt et le houblon. Le Mexique et le Canada exportent l'aluminium nécessaire aux canettes. Le Mexique est le premier exportateur mondial de bière, dont 82 % des exportations partent vers les États-Unis, deuxième marché mondial avec 23 milliards de litres consommés par an (67 litres par habitant). Les États-Unis sont aussi le premier importateur mondial, leur production ne couvrant que 80 % de leur consommation. Le Canada, 16e consommateur mondial, se distingue par ses 1 200 brasseries artisanales et un monopole public de distribution dans la plupart des provinces.
La guerre tarifaire de Trump
Depuis le retour de Donald Trump, des droits de douane de 25 % ont été imposés sur de nombreux produits importés, via l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). L'orge canadienne et l'aluminium (canadien et mexicain) ont été visés, avec des taxes portées à 50 % sur les canettes et la bière en canettes, justifiées par des arguments de sécurité nationale et de dumping. La Cour suprême a annulé ces mesures le 20 février 2026, mais l'administration Trump les a remplacées par d'autres basées sur le Trade Act de 1974, tout en maintenant les droits sur l'aluminium via l'article 232.
Ces taxes ont provoqué une baisse des exportations mexicaines et canadiennes. Le Mexique souffre en outre de mesures anti-immigration qui pèsent sur la consommation des Latino-Américains, et d'une sécheresse chronique qui menace l'approvisionnement en eau des brasseries. Le changement climatique réduit les rendements de l'orge, augmentant les coûts.
Contre-mesures et patriotisme économique
Les brasseurs américains, comme Constellation Brands (distributeur de Corona et Modelo), subissent la hausse des coûts d'importation. En représailles, le Canada a imposé en mars 2025 des droits de douane de 25 % sur l'orge et la bière américaines, levés en septembre lors des négociations. Certaines provinces ont carrément stoppé la distribution de bières américaines, entraînant une chute de 25 % des exportations américaines vers le Canada en 2025.
Les brasseurs s'adaptent : les Canadiens augmentent leurs stocks de canettes et développent les bouteilles consignées ; le Mexique produit son propre houblon ; ABInBev signe des accords avec des fermiers américains pour le label « US Farmed ». Budweiser se définit comme « américaine » dans ses campagnes patriotiques. Les consommateurs aussi : les Canadiens se tournent vers les bières craft locales, les Américains vers le « buy American ». Mais la hausse des prix et la tendance aux boissons peu alcoolisées pèsent sur la consommation intérieure. Le Mexique compte sur le tourisme et la ferveur locale pour soutenir sa consommation.
« Lever le coude a toujours été un geste politique », conclut Jean-Guillaume Ditter, rappelant que la consommation d'alcool cause 49 000 décès par an en France, et invitant à consulter Alcool Info Service.



