Carburants : à Menton, des professionnels sous pression face à la hausse des prix
Carburants : à Menton, des professionnels sous pression

À Menton, certains professionnels passent davantage de temps derrière un volant que derrière un bureau. Infirmiers libéraux, chauffeurs de taxi ou moniteurs d’auto-école parcourent des milliers de kilomètres chaque mois. Alors que le prix du gazole est passé d’environ 1,50 euro à plus de 2 euros le litre sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, chaque plein pèse un peu plus lourd sur leurs finances. Pour ces professions, la voiture n’est pas un confort, mais un outil de travail indispensable.

Des milliers de kilomètres chaque mois

Pour Alex, infirmier libéral, la voiture est au cœur de son activité quotidienne. « Entre les déplacements et les visites à domicile, je parcours entre 2 000 et 3 000 kilomètres par mois. J’interviens à Menton, Roquebrune-Cap-Martin et, lorsque c’est nécessaire, dans les communes voisines. » Même constat pour Laetitia Tarantola, gérante de l’auto-école Azur Drive à Menton. « Nous avons un parc automobile de six véhicules. Chaque voiture parcourt environ 25 000 kilomètres par an, soit près de 150 000 kilomètres annuels pour l’ensemble de la flotte. » Pour Olivier, taxi mentonnais, les distances sont encore plus importantes. « Je fais généralement entre 1 500 et 2 500 kilomètres par semaine. Cela dépend des trajets, mais dans le bassin mentonnais, les kilomètres s’accumulent vite. »

La facture carburant s’alourdit

Pour ces professionnels, la hausse des prix à la pompe se traduit immédiatement par une augmentation des charges. « Il est difficile de faire un calcul précis, mais les dernières augmentations représentent environ 200 euros de dépenses supplémentaires par mois. Pour moi, c’est une somme importante », estime Alex. Pour Olivier, l’impact est encore plus visible. « L’augmentation a été très forte. On parle d’environ 30 euros de plus à chaque plein, et je fais le plein tous les deux jours. »

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À l’auto-école Azur Drive, le carburant n’est d’ailleurs pas la seule dépense en hausse. « L’augmentation du prix du carburant a été très importante pour nous. Mais malheureusement, ce n’est pas le seul poste qui a augmenté ces derniers mois. Les assurances automobiles et les loyers des véhicules en leasing ont également fortement progressé », souligne Laetitia.

S’adapter sans pouvoir tout changer

Face à cette situation, chacun tente de limiter les dégâts. « Nous avons dû réorganiser nos tournées en regroupant davantage les patients par secteur géographique. Cela a modifié l’ordre des visites et parfois les horaires de passage », explique Alex. Pour l’auto-école, les marges de manœuvre restent réduites. « Nous conservons les mêmes parcours et les mêmes conditions de formation. Nous essayons simplement de réduire certains postes de consommation, comme l’utilisation de la climatisation, mais nos possibilités d’action restent limitées. »

Augmenter les tarifs pourrait sembler une solution évidente. Pourtant, la réalité est plus complexe. Les auto-écoles peuvent ajuster légèrement le prix des leçons de conduite, mais les infirmiers libéraux et les taxis travaillent avec des grilles tarifaires largement encadrées.

L’électrique n’est pas si simple

À première vue, la transition vers des véhicules hybrides ou électriques pourrait permettre de réduire la facture énergétique. Mais sur le terrain, les obstacles restent nombreux. « Je ne passe pas à l’électrique parce que cela me semble impossible. Prenez l’exemple de la gare de Menton : nous avons demandé à plusieurs reprises l’installation d’une borne de recharge, mais rien n’a été fait. J’habite en appartement et je ne peux pas recharger mon véhicule chez moi. Je ne vais pas non plus ajouter deux heures de recharge à des journées qui durent déjà quinze heures », explique Olivier.

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Laetitia Tarantola a, elle, engagé une transition progressive. « Nous renouvelons notre flotte tous les deux ans. Aujourd’hui, trois de nos six véhicules sont hybrides et, lors du prochain renouvellement, nous devrions disposer d’un parc entièrement de ce type. Sur le papier, l’électrique est intéressant, mais dans la pratique, c’est plus compliqué. Il faudrait immobiliser les véhicules plusieurs heures par jour pour les recharger. Et il ne faut pas oublier que les voitures hybrides ou électriques coûtent beaucoup plus cher en leasing. D’un côté, on économise sur le carburant mais de l’autre, on paie davantage pour la location des véhicules », sourit-elle.

Des conséquences qui pourraient toucher les habitants

Au-delà de l’impact financier pour ces professionnels, certains craignent des répercussions directes pour les habitants si les prix de l’énergie restent durablement élevés. « Le risque est que les infirmiers renoncent progressivement à prendre en charge les patients les plus éloignés des centres-villes. Pour certains actes, comme une simple injection, la rémunération est très faible. Une fois le carburant et les charges professionnelles déduits, il reste très peu de marge », alerte Alex.

Même inquiétude chez les taxis. « Beaucoup de collègues qui effectuent du transport conventionné renoncent de plus en plus à certaines courses. Le risque, c’est que les personnes âgées ou les malades qui doivent se déplacer pour des raisons médicales aient de plus en plus de difficultés à trouver un taxi disponible », prévient Olivier.

Des conséquences qui pourraient donc dépasser le cadre de ces seules professions et concerner l’ensemble de la population. Par l’intermédiaire de leurs organisations représentatives, ces travailleurs ont déjà sollicité à plusieurs reprises l’État afin d’obtenir des mesures de soutien. Sans grand espoir pour certains. « J’ai l’impression que pour les politiques, les priorités sont ailleurs », conclut Alex.