Bodycount chez les jeunes : tabou persistant et clichés de genre
Bodycount chez les jeunes : tabou et clichés de genre

Fin mars, l'Ifop et l'enseigne de sex-shop Espaceplaisir ont publié une étude sur la sexualité des Françaises de 15 à 29 ans. Parmi les sondées, 70 % estiment qu'avoir un nombre élevé de partenaires sexuels, appelé bodycount, reste tabou pour les femmes. Ce sentiment de dévalorisation est partagé par les vingtenaires interrogés par Midi Libre.

Qu'est-ce que le bodycount ?

Terme anglais signifiant littéralement « comptage de corps », le bodycount désigne le nombre de partenaires sexuels d'une personne. Pour Laura et Gabrielle, étudiantes de 21 ans à l'Université Paul-Valéry, c'est une question « qu'on se pose forcément », explique Gabrielle. Laura y voit un lien avec l'expérience : « Si la personne a zéro de bodycount, il faut faire attention, y aller doucement. » Théophile, 24 ans, salarié dans l'inclusion numérique, déclare : « Ce n'est pas quelque chose que j'ai envie de savoir quand je rencontre quelqu'un. Je préfère l'apprendre au fur et à mesure. » Lou, 21 ans, étudiante en journalisme, ne veut pas « savoir ce qu'il y a eu par le passé ». Nolwenn, 25 ans, se souvient que le sujet était souvent amené par les hommes, « comme si c'était une compétition ou une preuve de leurs performances ».

Le cliché de la performance

Le bodycount n'a pas la même signification selon le genre. « Une fille qui accumule les conquêtes, c'est une p***. Le garçon, lui, est mis sur un piédestal », résume Charlotte de Buzon, sexologue et consultante en santé sexuelle. Une réflexion sur la performance qui ravive des clichés « historiquement ancrés », mais qui se « définit désormais autrement avec les réseaux sociaux », poursuit-elle. Sur TikTok ou Instagram, des vidéos interpellent des inconnus dans la rue pour leur demander leur bodycount, publiant les réactions. Les commentaires déchaînent des discours de haine contre les filles assumant un bodycount élevé, glorifiant celles proches de la virginité. Charlotte de Buzon y voit un « extrémisme » et une redéfinition de la « femme soumise, respectable et obéissante ».

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Le paradoxe du faux bodycount

« Pour beaucoup de filles, c'est tabou », résume Cloé, 18 ans, étudiante en musicologie. L'injonction du nombre questionne prioritairement les femmes, mais dérange aussi les hommes. Kévin, 24 ans, se sent « agressé » quand on parle de son intimité et préfère parler d'expérience sexuelle. Ce regard social pousse à mentir. Leslie, 22 ans, étudiante en histoire, observe : « Les garçons avec un petit bodycount vont augmenter le chiffre pour paraître mieux. Les filles avec un bodycount élevé vont le diminuer pour paraître moins “fille facile”. » Charlotte de Buzon note que tronquer son bodycount n'est pas nouveau, surtout chez les jeunes : « Au collège ou au lycée, il faut rentrer dans la norme pour ne pas être harcelé. Passé la majorité, on n'est plus dans la performance. »

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