Au travail, on vous juge sur ce que vous mangez : enquête
Au travail, votre assiette vous trahit-elle ?

« C’est chiant que quelqu’un scrute ce que tu manges, qu’on te donne des leçons au travail. » Ce témoignage, recueilli par Libération, illustre un phénomène croissant : l’alimentation devient un sujet de jugement dans l’environnement professionnel. De la cantine d’entreprise au bureau partagé, les salariés racontent comment leurs choix alimentaires sont observés, commentés, parfois critiqués.

Une pression sociale grandissante

L’injonction à « bien manger » s’invite dans les open spaces. Les régimes végétariens, vegans, sans gluten ou encore le « healthy eating » sont devenus des marqueurs sociaux. « Si tu manges une salade, tu es perçue comme disciplinée ; si tu prends un burger, on te regarde de travers », explique une employée de bureau. Cette pression s’exerce surtout sur les femmes, mais les hommes n’y échappent pas. Les moqueries ou les remarques désobligeantes peuvent créer un malaise, voire un sentiment de honte.

Les injonctions contradictoires

Paradoxalement, l’entreprise elle-même participe à ce mouvement. Des ateliers nutrition, des fruits gratuits, des messages de prévention santé sont déployés. « On nous encourage à manger équilibré, mais en même temps, on nous offre des viennoiseries aux réunions », dénonce un cadre. Cette ambiguïté renforce le sentiment d’être épié.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux

Le partage de photos de repas sur Instagram ou LinkedIn expose encore davantage. « Un collègue a posté une photo de son déjeuner healthy, et j’ai senti que c’était une manière de montrer qu’il faisait attention. Moi, je n’ose plus montrer mon sandwich », confie une jeune femme. Les influenceurs vantant des régimes stricts ajoutent une pression supplémentaire.

Le poids des normes professionnelles

Certains secteurs sont plus touchés, comme la mode, le bien-être ou les médias. Mais le phénomène gagne tous les milieux. « Dans mon cabinet d’avocats, on juge celui qui commande un kebab », raconte un avocat. « C’est devenu un marqueur de sérieux. »

Des conséquences sur la santé mentale

Les psychologues alertent : cette surveillance alimentaire peut engendrer du stress, des troubles du comportement alimentaire, et une dégradation du climat de travail. « On finit par cacher ce qu’on mange, ou par manger seul », témoigne une salariée. Certains réclament plus de tolérance et de respect de la vie privée.

Face à ce constat, des entreprises commencent à mettre en place des chartes de bonne conduite, rappelant que l’assiette de chacun ne regarde que lui. Mais le chemin est long. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que je pense de toi », résume amèrement un employé. Et si le véritable enjeu était de libérer la parole et d’accepter la diversité des choix alimentaires ?

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale