Le métier de technicien CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation) connaît un essor sans précédent en France, porté par l'impératif de décarbonation des bâtiments et des installations industrielles. Face à une demande croissante, les employeurs multiplient les initiatives pour attirer et fidéliser les talents.
Un métier aux missions variées
Mohamed-Rayane Dehmani, technicien d'exploitation chez Dalkia depuis trois ans, témoigne de la diversité de son quotidien : « Le matin, ma journée débute par une ronde des compteurs du site. Grâce à un système de gestion technique de bâtiment, en un coup d’œil on détecte les anomalies. Une surconsommation électrique, une fuite d’eau… Je fais aussi une ronde technique pour contrôler visuellement les installations. » Ce jeune titulaire d’un bac pro en électricité apprécie particulièrement de contribuer à la décarbonation de la planète pour sa fille.
Selon Marion Lettry, déléguée générale de la Fedene, la chaleur représente 40 % de la consommation énergétique en France, dont deux tiers issus d’énergies fossiles. La programmation pluriannuelle de l’énergie de février 2026 prévoit de doubler la part de chaleur renouvelable pour atteindre 56 % en 2035, ce qui stimule les projets de décarbonation.
Des recrutements massifs
La branche CVC, qui compte 43 000 salariés, embauche environ 6 000 personnes par an, dont une majorité de techniciens. Les grandes entreprises sont en première ligne : Engie prévoit 1 000 embauches par an, tandis que Dalkia recherche 250 techniciens CVC annuellement. Vinciane Beurlet, DRH de Dalkia, décrit les profils recherchés : « Nos techniciens font de la maintenance prédictive et corrective d’installations. Ce sont des emplois durables, évolutifs et répartis sur tout le territoire, nécessitant des compétences techniques en électricité, mécanique, traitement de l’air et automatismes, mais aussi des savoir-être relationnels. »
Le groupe Coriance (650 collaborateurs) embauche 60 à 70 techniciens par an. Son DRH Ronan Keryer souligne les difficultés de recrutement : « Le métier n’est pas connu donc peu attractif. Nous allons à la rencontre des jeunes dans les écoles, les salons et sur les réseaux sociaux. » La Fedene a même fait appel à l’influenceur Rocky Le Vrai pour promouvoir le métier.
Des salaires attractifs et de bonnes conditions de travail
Pour attirer les talents, les employeurs proposent des rémunérations compétitives. Chez Dalkia, un technicien CVC gagne entre 33 000 et 35 000 euros bruts par an en fixe, auxquels s’ajoutent des primes d’astreinte. Chez Coriance, le salaire de base se situe entre 30 000 et 45 000 euros selon l’expérience. Les conditions de travail sont également mises en avant : Dalkia propose différentes formules de temps de travail, comme 37 heures par semaine avec 13 jours de RTT annuels, et des astreintes une fois toutes les six semaines.
Mohamed-Rayane Dehmani a opté pour ce rythme, ce qui lui laisse du temps pour gérer son label de musique. Il envisage une évolution de carrière.
Des perspectives d’évolution
Les employeurs misent sur des carrières ascendantes pour retenir leurs techniciens. Steven D’Hotel a commencé comme technicien CVC chez Dalkia avant de devenir responsable d’exploitation chez Coriance, encadrant une équipe de 8 personnes sur une centrale biomasse. Il estime qu’avec de la motivation, on peut accéder à ces responsabilités en cinq ans sur un petit site.
Engie : 1 000 postes par an
Engie, géant de l’énergie, renforce également ses équipes. Faroudja Kicher, DRH, détaille : « Nous recherchons 1 000 techniciens CVC par an dans les trois ans à venir, en CDI. Nous misons aussi sur 700 alternants. » Les missions incluent maintenance, dépannage et efficacité énergétique. Les profils sont variés : bac pro, BTS, mais aussi reconversions via la préparation opérationnelle à l’emploi (POE). « 80 % des participants sont embauchés à l’issue de la POE », précise-t-elle. La rémunération varie de 26 000 à 35 000 euros brut par an, avec un 13e mois, intéressement et participation. Les évolutions possibles mènent à des postes de responsable d’équipe ou d’expert.



