La taxe française sur les petits colis déjà contournée par Shein
La taxe de deux euros sur les petits colis aériens, entrée en vigueur le 1er mars 2026 pour freiner l'afflux de produits à bas coût de plateformes comme Shein ou Temu, est déjà largement contournée par ces géants de l'e-commerce. Selon des informations de franceinfo, les effets de cette mesure apparaissent limités, voire contre-productifs, avec une paralysie de la logistique française.
L'effondrement brutal de l'activité à Roissy
À l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, l'activité s'est effondrée du jour au lendemain. Une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ont disparu et certains entrepôts de dédouanement sont désormais vides. Dans l'un d'eux, 10 000 m² sont à l'arrêt complet.
"On est obligé d'être là, mais on n'a plus rien à faire", confie François-Xavier, un employé inquiet pour son avenir. Une centaine de salariés sont concernés par cette situation, tandis que des intérimaires ont déjà perdu leurs missions. Avant la réforme, jusqu'à 200 000 colis étaient traités chaque jour dans ces infrastructures.
"Tout s'est arrêté du jour au lendemain", souligne Frédéric Campagnac, dirigeant d'une entreprise de dédouanement, qui dénonce un dispositif inefficace contre les géants de l'e-commerce. "Le seul effet de la taxe a porté sur la destruction de la logistique française", estime-t-il amèrement.
La stratégie européenne de Shein via la Pologne
Pourquoi cette paralysie française ? Car les e-commerçants chinois se sont rapidement adaptés. Leurs marchandises transitent désormais par la Belgique, les Pays-Bas ou la Pologne, avant d'arriver en France par camion, pour un surcoût minime qui leur permet d'éviter la taxe.
Shein accélère particulièrement sa stratégie européenne avec un hub géant construit en Pologne. Cet entrepôt permettrait à l'entreprise chinoise d'éviter complètement de payer la taxe sur les petits colis.
"L'entrepôt est aussi impressionnant que flippant", observe Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, qui a visité le site logistique. "Quand on voit le nombre d'entrées pour camions, on comprend le volume démentiel qui va être mis en place et qu'on est à l'aube de ces déversements", ajoute-t-il.
Les espoirs placés dans la loi "anti-fast fashion"
Face à ces contournements massifs, les professionnels français attendent beaucoup de la loi "anti-fast fashion" votée en juin dernier par le Sénat. Ils espèrent son adoption définitive d'ici l'été 2026 pour créer un cadre réglementaire plus efficace contre les pratiques des géants chinois de l'e-commerce.
Cette situation révèle les limites des mesures fiscales isolées face à des acteurs mondialisés capables de réorganiser rapidement leurs chaînes logistiques pour contourner les barrières nationales.



