L'Autorité de la concurrence révèle les causes des prix alimentaires élevés en Martinique
Prix alimentaires en Martinique : l'enquête de l'Autorité de la concurrence

L'Autorité de la concurrence dévoile son analyse des prix alimentaires en Martinique

Devant un supermarché à Fort-de-France, le 14 octobre 2024. Missionnée début 2025 par le gouvernement, l'Autorité de la concurrence a rendu mardi 10 février un avis substantiel et détaillé sur les marges et les prix de l'alimentaire pratiqués par le secteur de la distribution en Martinique. Dans ce département d'outre-mer, les produits alimentaires sont en moyenne 40 % plus chers que dans l'Hexagone, et cet écart préoccupant ne cesse de croître d'année en année.

Un contexte marqué par des accusations et des surprises politiques

En janvier 2025, le ministre Manuel Valls avait provoqué la surprise en accusant le Groupe Bernard Hayot (GBH), numéro un de la distribution dans les outre-mer, « d'étouffer » l'économie de ces territoires. Un an plus tard, le président de l'Autorité de la concurrence, Benoît Coeuré, se réjouit de « verser au débat public des données nouvelles sur la compréhension de la profitabilité du secteur ». Cette étude intervient donc dans un climat déjà tendu, où les attentes des consommateurs et des autorités sont particulièrement élevées.

Quatre entreprises martiniquaises passées au crible

Les quatre principales entreprises de distribution en Martinique, à savoir GBH, Parfait, CréO et SAFO, ont été minutieusement examinées par les enquêteurs. Toutefois, M. Coeuré admet un résultat en demi-teinte, soulignant les limites de l'analyse face à la complexité du marché. « Nous avons à tous les niveaux de la chaîne des structures oligopolistiques, très concentrées, et à la fin, il reste la boîte noire de ce qui se passe à l'intérieur de ces groupes », a-t-il indiqué lors de la présentation des conclusions.

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Une chaîne logistique longue et coûteuse

L'étude révèle que, du départ d'un container de farine au Havre jusqu'à la vente des paquets dans les magasins de Martinique, il faut compter pas moins de 14 étapes. Cette complexité logistique contribue significativement aux surcoûts. Les « frais d'approche » pour rejoindre les territoires insulaires pèsent d'une part croissante dans le prix final des marchandises. Selon le groupe Hayot, ces frais expliquent environ 70 % des différentiels de prix avec l'Hexagone, une évaluation que l'Autorité de la concurrence confirme dans son rapport.

Des structures de marché concentrées et opaques

Au-delà des coûts logistiques, l'Autorité pointe du doigt les structures de marché très concentrées en Martinique. Ces oligopoles limitent la concurrence et rendent difficile la transparence sur les marges pratiquées. La combinaison de ces facteurs – frais élevés et concentration du marché – crée un environnement où les prix restent durablement supérieurs à ceux de la métropole, sans perspective d'amélioration à court terme.

Perspectives et implications pour l'avenir

Cet avis de l'Autorité de la concurrence ouvre la voie à des discussions politiques et économiques cruciales pour l'outre-mer. Il met en lumière la nécessité de réformes structurelles pour réduire les inégalités de prix et améliorer le pouvoir d'achat des Martiniquais. Les acteurs du secteur, les pouvoirs publics et les consommateurs devront désormais travailler ensemble pour trouver des solutions durables à cette problématique complexe.

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