Une enquête italienne cible les géants des cosmétiques pour pratiques commerciales déloyales envers les mineurs
L'autorité italienne de la concurrence (AGCM) a officiellement ouvert une enquête ce vendredi visant plusieurs acteurs majeurs du secteur des cosmétiques, dont LVMH Profumi e Cosmetici Italia, Sephora Italia et Benefit Cosmetics. Les investigations portent sur de possibles pratiques commerciales déloyales, soupçonnant ces entreprises d'encourager l'usage prématuré de produits cosmétiques pour adultes chez les enfants et les adolescents, y compris ceux âgés de moins de dix ou douze ans.
Le phénomène inquiétant de la "cosméticorexie" chez les jeunes
Selon l'AGCM, les enquêtes se concentrent spécifiquement sur des stratégies marketing qui inciteraient à l'achat compulsif de masques pour le visage, de sérums et de crèmes anti-âge par des mineurs. L'autorité évoque un phénomène plus large qualifié de "cosméticorexie", définie comme une obsession pour les soins de la peau chez les jeunes, potentiellement néfaste pour leur développement et leur santé psychologique.
Le régulateur italien pointe du doigt l'utilisation de très jeunes micro-influenceurs sur les plateformes sociales comme TikTok et Instagram. Ces influenceurs, souvent des enfants eux-mêmes, seraient instrumentalisés pour promouvoir une utilisation précoce de ces produits et encourager des comportements d'achat compulsif auprès d'un public particulièrement vulnérable.
Les "Sephora Kids" au cœur des préoccupations
Cette enquête s'inscrit dans le contexte de la tendance dite des "Sephora Kids", largement médiatisée sur les réseaux sociaux. Le hashtag "Haul from Sephora for Kids" sur TikTok regroupe ainsi des centaines de vidéos où des enfants, parfois âgés d'à peine cinq ans, exhibent fièrement leurs achats de maquillage et de produits de soin dans les enseignes Sephora.
L'AGCM souligne que les entreprises visées pourraient ne pas avoir clairement indiqué que ces produits cosmétiques ne sont pas destinés aux enfants, tout en semblant encourager subtilement leur acquisition via des campagnes marketing discrètes impliquant ces jeunes micro-influenceurs. Les gammes spécifiques comme Sephora Collection et Benefit Cosmetics sont particulièrement dans le collimateur des enquêteurs, leur usage fréquent et combiné par des mineurs présentant des risques potentiels pour la santé cutanée.
Des inspections déjà menées et une coopération annoncée
Des inspections ont déjà été conduites dans les locaux des entreprises concernées avec le soutien opérationnel de la Guardia di Finanza, la police financière italienne. Un représentant de LVMH en Italie a déclaré que Sephora, Benefit Cosmetics et LVMH Perfumes & Cosmetics Italie coopéreraient pleinement avec les autorités compétentes, sans toutefois fournir de commentaires supplémentaires sur les allegations.
Cette affaire met en lumière les défis éthiques posés par le marketing digital ciblant les jeunes consommateurs, et pourrait aboutir à des sanctions significatives si les pratiques déloyales sont avérées. Les parents et les associations de défense des consommateurs suivent de près le développement de cette enquête, qui pourrait établir un précédent en matière de régulation publicitaire dans le secteur des cosmétiques.



