Le président de la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh, a déclaré jeudi que l'inflation aux États-Unis restait « préoccupante », un signal qui suggère que la banque centrale américaine pourrait maintenir des taux d'intérêt élevés plus longtemps que ce que les marchés anticipent.
Lors d'un discours prononcé à Jackson Hole, dans le Wyoming, M. Warsh a souligné que les pressions inflationnistes persistent malgré les hausses de taux déjà opérées. « L'inflation est toujours trop élevée et nous devons rester vigilants », a-t-il affirmé, selon le texte de son intervention publié sur le site de la Fed.
Cette prise de position intervient alors que les données récentes montrent une inflation sous-jacente qui peine à revenir à l'objectif de 2 % fixé par la Fed. Les prix de l'énergie et des services continuent d'exercer une pression à la hausse, compliquant la tâche des responsables monétaires.
Un discours qui change la donne pour les marchés
Les déclarations de Kevin Warsh ont immédiatement eu un impact sur les marchés financiers. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans a bondi de 8 points de base après ses commentaires, atteignant 4,32 %, tandis que l'indice S&P 500 a cédé 0,6 % en clôture.
Les investisseurs ont revu leurs anticipations : la probabilité d'une baisse des taux en septembre, qui était de 45 % avant le discours, est tombée à 22 % selon l'outil FedWatch du CME Group. Plusieurs analystes estiment que la Fed pourrait désormais attendre décembre, voire 2027, pour assouplir sa politique monétaire.
Un contexte économique contrasté
Cette position hawkish intervient dans un contexte de croissance économique soutenue. Le PIB américain a progressé de 2,8 % au deuxième trimestre, porté par une consommation des ménages résiliente et un marché du travail toujours dynamique, avec un taux de chômage à 4,1 %.
Cependant, cette vigueur économique complique la lutte contre l'inflation. « La demande reste forte, ce qui rend difficile la désinflation dans les services », a expliqué M. Warsh, citant notamment les loyers et les soins de santé, dont les prix continuent d'augmenter à un rythme supérieur à la moyenne.
Le président de la Fed a également évoqué les risques géopolitiques, en particulier les tensions au Moyen-Orient, qui pourraient perturber les chaînes d'approvisionnement et relancer les pressions sur les prix des matières premières.
Quelles conséquences pour l'économie américaine ?
Si la Fed maintient ses taux à un niveau élevé, cela pourrait freiner l'investissement des entreprises et le crédit à la consommation. Les secteurs les plus sensibles aux taux, comme l'immobilier, ont déjà montré des signes de ralentissement, avec des ventes de logements existants en baisse de 5,3 % en juillet.
Kevin Warsh a toutefois insisté sur la nécessité de « ne pas relâcher l'effort » contre l'inflation, même si cela implique un ralentissement économique. « Mieux vaut une récession courte qu'une inflation persistante », a-t-il averti, reprenant un argument souvent avancé par les partisans d'une politique monétaire restrictive.
La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed est prévue les 16 et 17 septembre. Les économistes s'attendent à ce que les taux restent inchangés dans une fourchette de 5,25 % à 5,50 %, mais les déclarations de M. Warsh laissent penser que le statu quo pourrait se prolonger au-delà de cette échéance.



