Sharmin Mossavar-Rahmani, la voix incontournable de Goldman Sachs
Sharmin Mossavar-Rahmani est une figure emblématique de la banque américaine Goldman Sachs, qu'elle a rejointe en 1993. Diplômée de Princeton et Stanford en finance et économie, elle dirige depuis plus de vingt ans la stratégie d'investissement pour la gestion de fortune privée de l'établissement. Son poste stratégique en fait une personnalité majeure de la finance mondiale, dont les analyses sont très suivies sur les marchés.
Concrètement, son rôle consiste à aider les grands clients de la banque, avec des portefeuilles allant de 10 millions à plusieurs milliards de dollars, à protéger et développer leur patrimoine pour les générations futures. Elle et son équipe conseillent sur les investissements par secteurs, classes d'actifs et régions, en définissant des allocations stratégiques et des choix tactiques face aux événements géopolitiques ou économiques.
Le rapport « Outlook » : une bible pour les investisseurs
Chaque janvier, l'Investment Strategy Group de Goldman Sachs, dirigé par Sharmin Mossavar-Rahmani, publie son rapport « Outlook ». Ce document de 145 pages, riche en données et graphiques, présente le scénario de référence sur l'économie mondiale et l'évolution des marchés. Considéré comme une bible pour les investisseurs, il s'adresse aux clients fortunés, aux « family offices », aux fondations et autres institutions.
Pour 2026, le rapport s'intitule « La résilience américaine résiliente », contredisant les thèses déclinistes. Sharmin Mossavar-Rahmani rappelle que des prédictions similaires ont émergé en 2021, après la présidence Trump et la pandémie de Covid-19. Goldman Sachs avait alors conclu à l'erreur des déclinistes, recommandant de rester investi et de privilégier les actions américaines.
L'histoire a donné raison à la banque : malgré l'impact du Covid, les États-Unis ont retrouvé leur croissance et productivité plus vite que l'Europe ou le Japon. Sur cinq ans, les actions américaines ont généré un rendement de 99 %, contre 60 % pour les marchés développés hors États-Unis, 24 % pour les marchés émergents et –14 % pour la Chine.
Les piliers de la prééminence américaine
Selon Sharmin Mossavar-Rahmani, plusieurs facteurs expliquent cette domination. Premièrement, la taille et la richesse de l'économie : les États-Unis ont le plus grand PIB et le PIB par habitant le plus élevé parmi les grands pays. Un PIB de 30 000 milliards de dollars permet d'absorber les erreurs et de financer massivement l'innovation et la R&D.
Deuxièmement, la productivité : le travailleur américain produit plus par heure et travaille environ 1 800 heures par an, contre 1 300 heures en Allemagne. Troisièmement, l'innovation : les États-Unis dominent dans les indices de technologies émergentes et les brevets « triadiques » déposés en Europe, au Japon et aux États-Unis. La qualité de la gestion d'entreprise y est également la plus élevée au monde, selon une étude de Stanford.
Cela se traduit par une croissance des bénéfices par action supérieure à tout autre pays, même hors secteur technologique. Malgré plus de 140 décrets présidentiels signés en cent jours par la nouvelle administration, créant de l'incertitude, les fondamentaux des entreprises américaines restent exceptionnels. La rentabilité et les marges nettes du S&P 500 sont structurellement supérieures, avec plus de 70 % des bénéfices reversés aux actionnaires.
Vulnérabilités et défis
Sharmin Mossavar-Rahmani identifie trois vulnérabilités majeures. La première est la dépendance à la Chine pour les terres rares et les aimants. La seconde concerne la dépendance mondiale, y compris de la zone euro, vis-à-vis de la Chine pour les principes actifs pharmaceutiques et les matières premières clés de l'industrie pharmaceutique.
La troisième est le ratio dette/PIB, bien que Goldman Sachs se rassure en se référant à l'histoire récente, comme le Budget Control Act de 2011. Le Bipartisan Fiscal Forum travaille actuellement sur ce sujet au Congrès. Concernant le dollar, elle souligne qu'il n'existe aucune alternative viable comme monnaie de réserve, l'euro ayant été affecté par la crise des dettes souveraines et le yuan n'étant pas entièrement convertible.
Sur l'or, elle note que les achats de la banque centrale chinoise en 2022 ont créé un effet d'entraînement, mais Goldman Sachs ne le considère pas comme une classe d'actifs stratégique, car il ne produit aucun revenu et ne croît pas avec les bénéfices.
Stabilité institutionnelle et perspectives
Face aux inquiétudes sur l'État de droit sous l'administration Trump, Sharmin Mossavar-Rahmani estime qu'il s'agit de « bruit ». Elle rappelle que le système de contre-pouvoirs fonctionne, avec des exemples comme le blocage de nominations ou de décisions par les tribunaux. La récente annulation des tarifs douaniers par la Cour suprême a démontré la durabilité de ce système.
Son scénario de base prévoit une croissance américaine de 2,4 % pour 2026, inchangée malgré les tensions tarifaires. Elle rejette l'idée d'une bulle sur les actions américaines, justifiant les multiples élevés par la moindre fréquence des récessions et la solidité des bénéfices.
En revanche, elle alerte sur une bulle dans l'IA générative, due à des attentes trop élevées, un financement circulaire et un afflux de capital-risque vers des entreprises aux modèles économiques discutables. Sur le bitcoin, sa position est claire : il ne mérite pas sa place dans les portefeuilles d'investissement, car il ne génère pas de bénéfices liés à la croissance économique et présente des caractéristiques de bulle.
Regard sur l'Europe
Pour la zone euro, Sharmin Mossavar-Rahmani est peu optimiste. La croissance y est anémique, la productivité et les technologies émergentes sont en retard, et la courbe des bénéfices des entreprises est moins pentue qu'aux États-Unis. Goldman Sachs recommande donc de sous-investir dans l'indice EAFE (incluant l'Europe) et de réallouer une partie vers les marchés émergents hors Chine.



