Alors que la France subit une nouvelle canicule, l'économiste Christian de Perthuis rappelle que les prix sont souvent plus efficaces que les diplomates pour inciter à réduire les émissions de CO2. Selon lui, le marché du carbone en Europe a vu son prix passer de 25 euros la tonne en 2020 à plus de 80 euros aujourd'hui, ce qui commence à influencer les décisions des entreprises.
Un signal prix plus fort que les discours
Christian de Perthuis, fondateur de la chaire Économie du climat à l'université Paris-Dauphine, explique que "le prix du carbone est devenu un signal fort pour les investisseurs". Il cite l'exemple de l'électricité : le coût du charbon étant devenu plus élevé que celui du gaz, les centrales à charbon réduisent leur production. "C'est la première fois que le prix du carbone a un impact réel sur le mix électrique européen", précise-t-il.
Les limites de la diplomatie climatique
Les négociations internationales, comme la COP26, peinent à obtenir des engagements contraignants. En revanche, les mécanismes de marché, comme le système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'UE, agissent directement sur les comportements. Selon une étude de la Banque centrale européenne, une hausse de 10 euros du prix du carbone réduit les émissions de 2 % à court terme.
Un impact sur les prix à la pompe et le chauffage
Les consommateurs ressentent déjà les effets : le prix de l'essence augmente mécaniquement avec le coût du carbone. "Les automobilistes réduisent leurs déplacements quand le prix à la pompe dépasse un certain seuil", observe un expert. De même, le chauffage au fioul devient plus coûteux, incitant à l'isolation des logements.
Les entreprises s'adaptent
Les industries lourdes, comme la sidérurgie et la cimenterie, investissent dans des technologies moins polluantes. ArcelorMittal a annoncé un investissement de 1,2 milliard d'euros pour décarboner son site de Dunkerque. "Le prix du carbone rend ces investissements rentables", souligne un porte-parole du groupe.
Une efficacité qui dépend du contexte
Cependant, Christian de Perthuis met en garde : "Le prix n'est pas une baguette magique. Il doit être accompagné de politiques publiques pour éviter les inégalités." Les ménages les plus modestes sont les plus vulnérables à la hausse des prix de l'énergie. Des mécanismes de compensation, comme le chèque énergie, sont nécessaires.
Vers une généralisation de la tarification du carbone
De plus en plus de pays adoptent une tarification du carbone : 64 initiatives sont en place dans le monde, couvrant 22 % des émissions globales. La Chine a lancé son propre marché carbone en 2021, le plus grand du monde. "Les prix feront mieux que les diplomates, à condition d'être correctement conçus", conclut l'économiste.



