À Langoiran, un artisan bougie confie sa production à un ESAT pour une aventure humaine et écologique
Un artisan bougie s'associe à un ESAT pour une production solidaire

Une collaboration artisanale au service de l'inclusion et de l'environnement

Dans l'atelier de l'établissement et service d'accompagnement par le travail (ESAT) Gaillan-Richelieu à Floirac, la cire de colza est maintenue à température idéale de 75 degrés dans une cuve de chauffe. Jean-Pierre et Ryan, deux travailleurs de l'ESAT, versent avec précision des pichets de cette matière première dans des moules préalablement chauffés pour éviter tout choc thermique, où des mèches patientent déjà.

Un processus artisanal méticuleux

Le processus de fabrication suit un rythme bien établi. Une vingtaine de minutes après la première coulée, une seconde vient combler les espaces laissés par la rétractation naturelle de la cire. Après une demi-journée supplémentaire de séchage, le démoulage peut commencer, permettant de libérer une centaine de bougies par cycle de production.

Dans la pièce adjacente, Audrey Duclos, habitante de Carbon-Blanc, travaille devant son ordinateur. « Je m'occupe de la préparation des commandes et de l'expédition », explique-t-elle avec sérieux. Audrey, Jean-Pierre et Ryan partagent un point commun significatif : ils ont tous été victimes d'une lésion cérébrale acquise après la naissance.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des parcours de vie marqués par la résilience

Ryan, Cenonnais de 25 ans, raconte son histoire avec franchise. « J'étais carrossier et je jouais au rugby à bon niveau avant de subir une hémorragie cérébrale massive, non liée au sport. J'ai essayé le milieu ordinaire du travail, mais la méchanceté et la méconnaissance du handicap m'en ont dissuadé. » Depuis trois ans à l'ESAT, il est également intervenant pour l'agence régionale de santé et l'Institut régional du travail social. « J'adore aider et transmettre. Avant, je ne m'intéressais qu'à moi. Sur cette production, Éric est un des rares patrons qui s'intéressent à ce qu'on fait : il est sympa, dit aussi quand ça ne va pas. Une vraie relation de confiance. »

La genèse d'un projet artisanal engagé

Éric Bouloumié, artisan bougie installé à Langoiran, a un parcours professionnel éclectique. Photographe professionnel pendant des années, il souhaitait revenir à ses premières amours dans l'e-commerce après neuf ans chez Cdiscount. « Je cherchais une niche et me suis lancé dans l'achat-revente de bougeoirs, puis de bougies », explique-t-il.

Sa démarche s'est rapidement orientée vers la fabrication artisanale avec une conscience environnementale affirmée. « Je me suis mis à fabriquer des bougies à partir de cire de colza, qui a une moindre incidence environnementale par rapport à la paraffine, la cire dite minérale ou encore le soja. La cire vient d'Allemagne, les mèches de la dernière entreprise française en produisant en Normandie. »

De la cuisine à l'atelier partagé

Les débuts furent modestes : les premières bougies sortaient de sa cuisine, puis d'un local loué à Bordeaux, avant de s'installer définitivement à Langoiran où il réside. C'est au printemps 2025, lors d'un reportage photo à l'ESAT de Floirac géré par l'Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, que l'idée d'une collaboration a germé.

Julien Furet, coordinateur des productions à l'ESAT, lui a proposé spontanément : « Pourquoi tu ne viendrais pas ici ? Notre objectif est de proposer le plus d'activités possibles. Le projet d'Éric, engagé et facteur d'accompagnement, convenait très bien. Si nous travaillons à intégrer à terme les gens dans le milieu ordinaire, l'entreprise est là, venue s'installer chez nous. »

Une production mensuelle de 1 200 bougies

La production a débuté en juillet, avec l'ajout de la préparation des commandes et des expéditions depuis décembre. Cinq travailleurs de l'ESAT se relaient désormais dans l'atelier pour produire environ 1 200 bougies par mois. Une gamme d'une trentaine de modèles est proposée à une clientèle de particuliers, avec les chandelles traditionnelles représentant la majorité des ventes.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Éric Bouloumié, présent presque quotidiennement, paie à l'ESAT une redevance sur chaque bougie produite et a investi dans le matériel de production. « Sauf la structure portant les moules à bougies, conçue par les travailleurs et bien plus adaptée ! », précise-t-il avec admiration.

Une relation humaine authentique

Sandra Mur, monitrice d'atelier, salue devant le tableau de méthodologie qu'elle a réalisé « la très rapide autonomie » d'Aude, Audrey, Iman, Jean-Pierre et Ryan. « On a un patron vraiment à nos côtés », souligne Ryan avec conviction.

Audrey partage quant à elle une particularité touchante : « Je n'ai plus d'odorat et je suis frustrée de ne pas sentir les parfums des nouvelles bougies parfumées », confie-t-elle avec un sourire doux.

Une démarche aux multiples dimensions

La question du handicap résonne profondément chez Éric Bouloumié. « J'ai grandi auprès d'une mère célibataire malentendante puis sourde. Dès mon plus jeune âge, j'ai été son aidant et je sais les épreuves. Mon projet artisanal prenait là encore plus de sens. »

L'engagement environnemental se manifeste également dans les détails : les cartons d'expédition proviennent du recyclage interne de l'établissement. Annick Lannuzel, directrice adjointe de cette structure médico-sociale qui emploie et accompagne 77 usagers depuis 27 ans, résume : « Nous développons ici la culture du soin et de l'entreprise. »

Un avenir prometteur

Ce partenariat avec l'ESAT Gaillan-Richelieu permet à Éric de se concentrer davantage sur le développement de son entreprise. « Je n'en vis pas encore pour le moment mais c'est bien sûr l'objectif. Mener cette aventure avec l'ESAT est enthousiasmant », conclut le cirier, dont le projet allie habilement artisanat de qualité, inclusion sociale et respect de l'environnement.