Guy Riffaud, l'un des derniers bouilleurs ambulants de France
Dans les campagnes girondines, certaines traditions résistent au temps, comme la distillation du vin et de la prune. Guy Riffaud, âgé de 81 ans, incarne cette permanence en étant l'un des derniers bouilleurs ambulants à parcourir la région. Ce viticulteur retraité, installé à Landerrouat, perpétue un savoir-faire familial remontant à plusieurs générations.
Une lignée de distillateurs depuis le XIXe siècle
Les racines de Guy Riffaud dans la distillation sont profondes. Son arrière-arrière-grand-père, Aristide Faurès, vivait à Lévignac-de-Guyenne et travaillait déjà chez un distillateur. Puis son arrière-grand-père, Aramis Faurès, né en 1894 à Lévignac, devint le premier d'une longue lignée de bouilleurs de cru. Cette histoire familiale a marqué Guy dès son plus jeune âge.
« Depuis mon plus jeune âge, j'ai baigné dans cette ambiance, accompagnant mon grand-père et mon père dans leurs déplacements à la rencontre des gens voulant faire distiller », confie-t-il avec émotion.
Du cor d'harmonie à l'alambic en cuivre
Avant de reprendre l'affaire familiale, Guy Riffaud nourrissait une passion pour la musique. Il étudiait le cor d'harmonie au conservatoire de Bordeaux sous la direction d'éminents professeurs. Pour des raisons familiales, il dut abandonner son instrument, mais conserva son attrait pour le cuivre. En 1966, il troqua définitivement le cuivre du cor pour celui de l'alambic de son arrière-grand-père, commençant ainsi ses voyages à travers la campagne.
Un rituel convivial et ancestral
L'arrivée de l'alambic de Guy Riffaud dans un village est toujours un événement. Elle donne lieu à une fête où se rassemblent les habitants, créant une réelle convivialité. Entre les fumées de la chaudière et le verre posé sur l'alambic pour goûter l'eau-de-vie, se tissent des liens sociaux précieux. Ce rituel transforme la distillation en moment de partage et de transmission.
La relève assurée par son fils
Jeudi 5 mars dernier, une scène symbolique s'est déroulée dans un hangar de la campagne lévignacaise. Yves Riffaud, le fils de Guy, a installé l'alambic familial, marquant la passation de savoir-faire. Comme son père, il alimente la chaudière en bois et surveille avec précision la température de sortie de l'eau-de-vie. Ces gestes ancestraux relèvent d'une alchimie subtile, mêlant expérience et intuition.
Guy Riffaud, qui pratique ce métier depuis soixante ans, observe discrètement la distillation. Avec malice, il compare ce processus à la musique : « L'alchimie de l'eau-de-vie, c'est comme un accord parfait en musique, c'est une ode à la vie ». Cette métaphore poétique résume son approche artisanale, où technique et sensibilité se conjuguent.
Un patrimoine vivant menacé
À 81 ans, Guy Riffaud représente un maillon essentiel d'une tradition en voie de disparition. Les bouilleurs ambulants se font rares en France, faisant de sa pratique un patrimoine culturel précieux. Son histoire, liée à celle de sa famille et de la Gironde, illustre la persistance des savoir-faire ruraux face à la modernisation. La transmission à son fils Yves assure toutefois une continuité, permettant à cette alchimie ancestrale de survivre encore quelque temps.



