Alizé Seckler, de l'hôpital aux murs en pierres sèches
Après dix années passées en milieu hospitalier et en gériatrie, Alizé Seckler a radicalement changé de voie professionnelle. Cette ancienne infirmière, originaire d'Octon, est désormais praticienne de la pierre sèche, une muraillère spécialisée dans la restauration du bâti ancien. Son métier consiste à reconstruire et entretenir des murs, calades et capitelles en pierres sèches, sans utiliser le moindre mortier.
Un métier qui s'apparente à prendre soin
"Je retrouve cette notion de prendre soin dans les deux métiers", confie Alizé Seckler avec un sourire. Pour elle, restaurer un mur en pierres sèches relève du même engagement que soigner un patient. Son geste précis, qu'elle compare parfois à un jeu de Tétris, consiste à replacer chaque pierre avec une attention particulière.
Au-delà de la simple construction, son approche intègre une dimension écologique profonde. "Si un arbre se trouve sur le tracé du mur que nous construisons, nous ne l'abattons pas. Nous prenons en compte cet être vivant et adaptons nos techniques en conséquence", explique-t-elle. Les matériaux utilisés sont strictement locaux, sans liant chimique, dans un souci constant de respect de l'environnement.
Un coup de foudre pour un savoir-faire ancestral
La révélation pour ce métier ancestral est survenue lors d'un voyage en Slovénie, où la culture de la pierre sèche reste particulièrement vivace. "Là-bas, l'entretien des murs est un savoir qui se transmet de génération en génération", constate-t-elle. De retour en France, elle a suivi une formation en restauration du patrimoine où elle a rencontré le maître murailler Alain Mathieu.
"Il m'a prise sous son aile et m'a formée pendant deux ans à partir de 2021", se souvient Alizé Seckler. Elle évolue aujourd'hui dans un artisanat où les femmes ont longtemps été rares, un métier qu'elle décrit comme "physiquement et mentalement très exigeant".
L'équilibre entre force et finesse
La construction en pierre sèche demande à la fois de la force physique et une grande persévérance. "C'est à la fois masculin et féminin : très dur physiquement mais avec une approche esthétique qui nécessite d'être à l'écoute, posé, pour trouver le juste équilibre", analyse-t-elle. Elle souligne également que les femmes apportent un équilibre précieux dans les équipes de travail.
En 2024, Alizé Seckler a été récompensée pour son travail, recevant le Prix Spécial Femme de l'Année décerné par la chambre des métiers. Elle est aujourd'hui cogérante de la SARL Artisans du Bâti Ancien avec Alexandre Biard, une entreprise qui emploie quatre personnes.
Les rencontres de la pierre sèche en Cœur d'Hérault
Ces 27 et 28 mars, Alizé Seckler participe aux rencontres de la pierre sèche organisées en Cœur d'Hérault. Cet événement, qui coïncide avec l'assemblée générale de la Fédération française des professionnels de la pierre sèche (FFPPS), propose de nombreuses animations pour sensibiliser le public à ce patrimoine.
Un programme riche et varié
La manifestation est coorganisée avec l'association des Muraillers Languedociens en partenariat avec plusieurs institutions locales. Au programme :
- Une table ronde "Se réapproprier la pierre sèche" le vendredi 27 mars à Clermont-l'Hérault
- Plusieurs balades commentées pour découvrir les constructions en pierre sèche
- Des ateliers de démonstration de construction de calade
- Une exposition au Village des arts et métiers d'Octon
L'importance écologique de la pierre sèche
Anna, chargée de mission paysage du Grand Site Salagou-Cirque de Mourèze, explique : "La pierre sèche contribue à la structuration de nos paysages et leur poésie : typicité des pierres, diversité des motifs paysagers, régulation de l'eau, refuge pour la faune et la flore, lutte contre l'érosion des sols..."
Ces deux jours de rencontres visent à transmettre connaissances et savoir-faire pour redynamiser la filière pierre sèche, un patrimoine architectural qui mérite d'être préservé et valorisé.



