Issu d’une famille de plâtriers de père en fils, Jean-François Romero est aujourd’hui l’un des derniers représentants de cet artisanat dans la région. Depuis quelques années, il assiste impuissant à la disparition de son métier.
Assis sur la terrasse d’un bar, sirotant son café, Jean-François Romero affiche un large sourire. Pourtant, c’est bien l’inquiétude, voire un peu de colère, qui l’habitent depuis des années. Plâtrier traditionnel depuis 1996, il a lui-même repris les rênes de l’entreprise fondée par son grand-père venu d’Espagne. Depuis, il a eu le temps de voir ses collègues de la région partir un à un à la retraite, sans personne pour les remplacer. À tel point qu’aujourd’hui, il a peur que sa profession tombe dans l’oubli.
« Il restait une école à Bédarieux, qui a fermé, et je ne connais pratiquement aucun jeune dans le Sud qui veuille reprendre cette activité, se déplore-t-il. Ceux que j’ai formés n’ont pas achevé leur formation et ont abandonné le plâtre pour se tourner vers le placo, par exemple. Ils ont choisi la facilité. » La raison avancée ? La durée de la formation, qui est particulièrement longue pour un plâtrier traditionnel : au moins trois ans. Un choix à la fois compréhensible et regrettable selon Jean-François Romero, qui voit pourtant le coupable autre part.
« C’est vraiment un problème de la région, parce qu’en Bretagne ou en Espagne, on utilise beaucoup le plâtre pour les rénovations, explique-t-il. Dans les années 1960-1970, quand on a voulu développer le littoral, les politiques ont préféré le vite fait bien fait, et c’est comme ça que le placo s’est imposé au détriment du plâtre. Dans mon domaine, je suis un peu le dernier des Mohicans », poursuit-il avec humour.
« Les entreprises se rendent compte que le plâtre, c’est l’avenir »
Le matériau dispose pourtant de nombreux avantages non négligeables par rapport aux préfabriqués. Dans un de ses chantiers, à Marseillan, le plâtrier en fait la démonstration, en tapant de toutes ses forces contre le mur en plâtre qu’il vient de poser, et en versant de l’eau dessus. « La solidité du placo est incomparable avec celle du plâtre, qui dure 30 ou 40 ans de plus en moyenne. J’ai appliqué 2 centimètres d’épaisseur de plâtre sur le mur, j’aurais dû en appliquer 10 pour obtenir le même résultat avec du placo. », affirme-t-il.
D’autant que le plâtre a des propriétés coupe-feu et hydrofuges et est un produit d’origine naturelle puisqu’il est fabriqué à partir d’une roche, le gypse. « Et celui que j’utilise ne coûte pas cher et il est fabriqué en France ! enchaîne-t-il. On parle toujours de faire de l’écologie et de réindustrialiser le pays avec des circuits courts, mais tant qu’on fera des murs et des façades avec des enduits importés et remplis de produits chimiques, on parlera pour rien. »
Un avenir incertain mais optimiste
Abordable, écologique, coupe-feu, hydrofugé et résistant au temps, le plâtre a donc bien des atouts. Comment expliquer alors que l’usage de ce matériau soit aussi marginal dans le secteur de la construction ? Avec une main-d’œuvre manquante et une demande aussi faible, on voit mal comment le plâtre pourrait retrouver ses lettres de noblesse. Cependant, Jean-François Romero demeure optimiste.
« Il y a déjà des entreprises comme FDI ou Un toit pour tous qui commencent à commander du plâtre parce qu’ils se rendent compte que c’est l’avenir, déclare-t-il. Aujourd’hui, ils n’ont pas d’autre choix que de faire venir des artisans de Figueras, en Espagne. Mais je suis persuadé que si les architectes vont dans ce sens et arrêtent de faire du cache-misère et du vite fait bien fait, les jeunes vont s’intéresser au plâtre. », conclut-il. Peut-être alors que le métier jouira d’une véritable reconnaissance, étant donné qu’aujourd’hui il n’existe pas de statut pour les plâtriers traditionnels.



