Les vignobles du Gard rhodanien se réinventent grâce à l'événementiel
Alors que le secteur viticole traverse une période difficile marquée par la baisse de consommation et l'augmentation des coûts de production, plusieurs domaines du Gard rhodanien ont trouvé une solution innovante pour assurer leur pérennité. Ils développent désormais des activités événementielles, notamment l'organisation de mariages et de séminaires professionnels, créant ainsi de nouvelles sources de revenus tout en valorisant leur patrimoine naturel.
Le domaine Ventajol : une orangeraie au cœur des vignes
Sébastien Ventajol, propriétaire du domaine éponyme à Pont-Saint-Esprit, a fait construire une orangeraie de 450 m² entièrement vitrée pour accueillir des événements. "On a voulu anticiper les difficultés économiques du secteur", explique-t-il. Cette structure moderne, inaugurée en juin dernier, offre un panorama exceptionnel sur les vignes et le mont Ventoux, attirant une clientèle variée pour des conférences, séminaires et mariages.
La diversification s'est accélérée avec l'arrivée de sa fille Lou, 24 ans, dans l'entreprise familiale. "Il fallait trouver des perspectives d'avenir", confie Sébastien Ventajol. Lou a mené une étude de marché révélant le potentiel du vignoble pour les célébrations matrimoniales : "Beaucoup de personnes cherchent à retrouver l'authenticité du terroir pour leur mariage". En 2025, première année d'exploitation de l'orangerie, le domaine a accueilli une douzaine de mariages, avec des clients locaux, parisiens et même canadiens.
Un succès qui ne se dément pas : des cérémonies sont déjà programmées pour 2026, 2027 et 2028. Le domaine organise régulièrement des salons du mariage, comme celui des 21 et 22 mars avec l'association Pimp My Event, rassemblant photographes, fleuristes, créateurs de robes et autres prestataires.Gressac : l'authenticité comme signature
À Verfeuil, le domaine de Gressac a emprunté une voie similaire sous l'impulsion de Laurence Michelet. Cette ancienne cavalière, qui a repris l'exploitation avec son conjoint il y a 16 ans, s'est lancée dans l'organisation de mariages il y a 7 à 8 ans, accueillant désormais une dizaine de célébrations par an. "On a surtout des gens qui souhaitent revenir à l'authenticité", souligne-t-elle.
Contrairement au domaine Ventajol, Gressac propose exclusivement des mariages en extérieur, dans les vignes, sous une allée de peupliers ou au bord de la Cèze. "On ne veut pas devenir une usine", précise Laurence Michelet, qui privilégie une approche artisanale. Les réservations sont complètes pour l'été et presque saturées pour 2027.
Cette diversification est devenue vitale après deux années sans récolte à cause de la grêle et du mildiou. "Si on n'avait pas fait ça, on tuait la vigne dès le départ", affirme la propriétaire, qui envisage maintenant de développer les séminaires et mariages d'hiver avec de petits comités.
Saint-Maurice : la priorité aux événements professionnels
Le Château Saint-Maurice de Laudun-l'Ardoise a adopté une stratégie légèrement différente. Installé au milieu de 100 hectares de vignes, ce domaine mise davantage sur les événements professionnels que sur les mariages, qu'il n'accueille qu'à raison d'un ou deux par an. "L'objectif est d'offrir plus de visibilité à nos vins et de dynamiser les ventes", explique Camille Chevalier, responsable administrative et commerciale.
Avec sa demeure du XVIIe siècle, son grand parc et son chapiteau, le site dispose d'un "énorme potentiel" selon Céline Le Guignio, qui gère l'événementiel. La priorité reste cependant la viticulture : "On reste un domaine viticole qui se diversifie, et pas l'inverse".
Préserver l'ADN vigneron
Malgré cette diversification, tous ces domaines insistent sur la préservation de leur identité viticole. "On continue à entretenir les vignes, à faire les récoltes, on laisse le caveau ouvert pendant les événements", assure Sébastien Ventajol. "On veut garder notre ADN de paysan, rester abordable tout en mettant en avant les acteurs locaux".
Cette approche équilibrée permet aux domaines de maintenir leur activité traditionnelle tout en développant de nouveaux revenus. Laurence Michelet résume cette nécessité : "On aime rencontrer les gens, mais on a aussi vraiment besoin de ça pour vivre".
Entre tradition et innovation, les domaines viticoles du Gard rhodanien redessinent ainsi leur modèle économique, cherchant un équilibre fragile entre rentabilité et préservation de leur identité. Cette diversification vers l'événementiel apparaît comme une stratégie de résilience face aux défis économiques et climatiques qui frappent le secteur viticole.



