Trois vigneronnes du Gard rhodanien brisent les clichés dans un métier masculin
Vigneronnes du Gard : elles brisent les clichés dans un métier masculin

Trois vigneronnes du Gard rhodanien brisent les clichés dans un métier masculin

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, trois vigneronnes du Gard rhodanien ont accepté de se confier sur leur parcours dans un environnement professionnel traditionnellement masculin. Attachement à la terre, passion pour la vigne, clichés persistants et articulation avec leur vie personnelle : elles dévoilent les réalités de leur métier avec franchise et détermination.

Isabelle Boulaire : une transmission familiale par les femmes depuis quatre générations

Isabelle Boulaire représente la douzième génération à travailler dans la vigne sur le domaine familial de Lirac. Après avoir exercé comme comptable dans un théâtre d'Avignon, elle reprend l'exploitation en 2003, portée par un attachement « viscéral » à la terre. « Je n'ai pas reçu un très grand accueil. Ça a été compliqué même si j'avais une certaine crédibilité car j'étais du cru Lirac », confie la quinquagénaire.

Malgré les récompenses obtenues dès sa première cuvée en 2009, elle constate : « Certains ont dit que j'avais eu la chance du débutant ou que ce n'était pas compliqué car ça avait été un très beau millésime. Je n'ai reçu aucunes félicitations de collègues vignerons ». En 2017, elle crée sa propre cave à Lirac, réalisant ainsi son rêve de produire, fabriquer et commercialiser son vin. Elle tient à rappeler que « ce sont toujours par les femmes, ma maman, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère, que le domaine s'est transmis » depuis quatre générations.

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Pauline Pradier : concilier maternité et travail dans les vignes

Pauline Pradier, Miss France Agricole 2023, partage son quotidien de vigneronne avec ses 17 000 abonnés sur Instagram. À 34 ans, elle a repris il y a douze ans le domaine de Vallaurie, dans sa famille depuis cinq générations. « C'était dans mon ADN », explique celle qui s'est formée en France, en Suisse, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Elle évoque les défis techniques : « En cave, le matériel n'est vraiment adapté. Il a fallu se réinventer en rachetant des outils plus adaptés ». Maman d'un bébé de trois mois, elle affirme : « On peut aussi être maman tout en continuant à être dans les vignes ». Durant son congé maternité, elle a bénéficié du service de remplacement de la MSA. « Je fais un métier en plein air donc je compte bien lui faire vivre ce que moi j'ai vécu, une transmission des racines », dit-elle en pensant à sa fille.

Valérie Vignal : prouver ses compétences techniques dans un univers masculin

Valérie Vignal s'est installée en 1995 au domaine du Haut Castel qui domine Bagnols-sur-Cèze, à l'âge de 24 ans. « J'ai dû prouver mes compétences techniques, montrer que j'étais capable de tenir des vignes, de vinifier, de remporter des étoiles au guide Hachette », raconte la vigneronne indépendante.

Elle constate que les clichés persistent : « Parfois quand des commerciaux viennent et qu'il y a mon mari, ils vont aller plutôt le voir lui que moi ». Enseignante au lycée viticole d'Orange pendant plus de vingt ans, elle a connu « des classes entières de garçons » au début. Trente ans après avoir racheté l'exploitation, elle a complètement transformé le domaine et projette de créer un centre d'œnotourisme. « Je porte un héritage viticole et patrimonial », souligne-t-elle.

Des défis communs et une passion partagée

Ces trois vigneronnes partagent plusieurs défis :

  • Se faire une place dans un secteur traditionnellement masculin
  • Faire face aux clichés et aux préjugés persistants
  • Adapter le matériel et les techniques à leur physique
  • Concilier vie professionnelle exigeante et vie personnelle
  • Transmettre leur passion et leur savoir-faire

Malgré les obstacles, elles expriment toutes une passion profonde pour leur métier. « Une vie dédiée à la vigne qu'elle ne regrette pour rien au monde » pour Isabelle Boulaire ; « une transmission des racines » pour Pauline Pradier ; « valoriser mon produit mais surtout accompagner la vigne, la nature » pour Valérie Vignal.

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Leur témoignage illustre l'évolution des mentalités dans le monde viticole, même si des progrès restent à accomplir pour une véritable parité dans ce secteur historique du Gard rhodanien.