Transhumance spectaculaire de 500 brebis dans la banlieue de Grenoble
Transhumance de 500 brebis en banlieue grenobloise

Entre les immeubles, les pavillons et une zone industrielle de Sassenage, en banlieue de Grenoble (Isère), les automobilistes ahuris ont dû céder la place à un troupeau de 500 brebis qui occupe toute la largeur de la chaussée. « Je ne m’attendais pas à voir ça en pleine ville ! », s’étonne un livreur de colis pressé, qui prend son mal en patience en filmant la parade d’ovins. « Sinon on ne va pas me croire », sourit-il.

Une transhumance pédagogique au cœur de l'urbain

Il s’agit plus précisément d’une transhumance, qui consiste à faire monter les bêtes de la plaine aux pâturages d’altitude débarrassés de neige, appelés estives. Le berger et éleveur Eudes Jouët-Pastré mène son troupeau, aidé d’une autre bergère, Lise Marrec, de quatre bénévoles et de chiens de conduite qui encadrent les moutons. Ajoutez à cette ménagerie un cheval, deux poules et des patous (chiens de protection).

« Nous partons des champs de noyers de Tullins, au pied du Vercors, pour aller au col de Porte (1 326 m) dans le massif de la Chartreuse. Ça représente 50 km et plus de 1 000 m de dénivelé positif », décrit Eudes. Aucun transport en bétaillère, donc. Tout se fait à la force des jambes, avec patience, sur près d’une semaine (du 21 au 27 mai). Sur le chemin se trouve la métropole grenobloise, traversée entre vendredi et dimanche, une zone densément urbanisée d’un demi-million d’habitants.

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Le choc des cultures : pastoralisme et vie urbaine

« C’est le choc des cultures », poursuit le berger en connaissance de cause, lui qui est passé par la prestigieuse École polytechnique avant de se tourner vers un métier plus terre à terre. « Le monde pastoral s’invite en ville. Les gens sont plus habitués à être devant un écran que de voir le spectacle de la transhumance, pourtant millénaire. Si mon but principal est de monter en estive, c’est aussi l’occasion de faire de la pédagogie, de passer des messages sur le respect du troupeau, de faire découvrir le pastoralisme et la vie de berger ».

Un dialogue de plus en plus nécessaire, alors que les tensions avec les randonneurs citadins s’aventurant dans les alpages s’accentuent ces dernières années, notamment à cause des attaques de patous, ces gros chiens blancs protégeant le bétail des loups. Stéphane, un Grenoblois sur le chemin du travail, s’attarde auprès du troupeau avec son fils. « On s’est déjà fait charger par un patou, mais là ils sont doux, calmes, constate-t-il. Le berger explique comment il faut se comporter avec eux. On reprend confiance ».

Un spectacle apaisant et éducatif pour les familles

L’étape du jour se termine dans un parc de Sassenage où un grand enclos électrifié a été installé pour la nuit. Les 300 brebis et les 200 agneaux paissent paisiblement sous le regard des familles venues voir le spectacle. « C’est exceptionnel de voir ça à deux pas de l’école ! », se réjouit Anne, une maman, venue avec ses fils de 5 ans et 7 ans qui s’amusent à toucher le doux pelage des brebis. « On est de plus en plus déconnectés de la nature, du monde rural. Je veux montrer à mes enfants que les moutons, ce n’est pas que des photos sur des emballages au supermarché ».

« On rend visible aux urbains le vivant qui façonne les paysages qui nous entourent », défend Alexandre Mignotte, chargé de l’unité nature et montagne à la métropole Grenoble-Alpes qui programme de nombreuses animations pour l’arrivée du troupeau au col de Porte, mercredi prochain.

Léa et Jeanne, qui travaillent dans une entreprise d’informatique à deux pas de là, profitent quant à elles de leur pause pour voir le troupeau. « C’est apaisant les moutons qui bêlent, le bruit des clochettes ». Les brebis passeront ce dimanche par la Presqu’île scientifique de Grenoble, temple des hautes technologies, avant de retrouver leur environnement montagnard à partir de lundi.

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