Thézac-Perricard : la cave coopérative qui doit son succès au tsar Nicolas II
Thézac-Perricard : la cave qui séduit grâce au tsar Nicolas II

Une histoire insolite au cœur du Lot-et-Garonne

Derrière la petite cave coopérative de l'Indication Géographique Protégée Thézac-Perricard se cache une folle histoire et de grands noms. Située aux confins du Lot-et-Garonne, cette structure a dû revoir à la baisse ses ambitions commerciales initiales, mais elle puise sa force dans un passé riche et surprenant.

L'héritage d'Armand Fallières et du tsar Nicolas II

Mézinais et producteur, Armand Fallières a considérablement œuvré pour la promotion de l'Armagnac. Élu président de la Troisième République de 1906 à 1913, il a naturellement introduit l'eau-de-vie gasconne à l'Élysée. Trois ans plus tard, par décret, c'est même lui qui a dessiné les frontières des trois appellations d'Armagnac. Son action en faveur des produits du terroir ne s'est pas arrêtée là.

Elle résonne encore aujourd'hui à l'autre bout du Lot-et-Garonne, à seulement 300 mètres de la frontière du Lot, où la cave des Vins du Tsar a été érigée dans les années 1980. Cette cave est désormais le vaisseau amiral de la petite IGP Thézac-Perricard, qui compte 80 hectares et neuf producteurs – dont deux indépendants – répartis sur six communes.

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Une rencontre historique aux saveurs locales

Dans ses fonctions – il a également été président du Sénat de 1899 à 1906 – Armand Fallières a eu plusieurs occasions de recevoir le tsar Nicolas II. À cette époque, les relations entre la France et la Russie étaient particulièrement cordiales, marquées par la signature de la Triple-Entente avec le voisin britannique.

Ces visites, à Cherbourg ou à Paris, ont été l'occasion de repas au cours desquels Armand Fallières aurait fait servir du vin de Thézac au tsar. Visiblement séduit par le côt (ou malbec) local, Nikolaï Alexandrovitch Romanov, de son vrai nom, aurait passé une commande impériale pour remplir sa cave personnelle.

Une identité qui attire les visiteurs

« C'est notre histoire, une histoire magnifique », affirme Jacob Snowball, le jeune président de la cave. D'origine anglaise mais adopté par le Sud-Ouest, il constate avec amusement : « Certains visiteurs pensent que je suis russe. » Et le fait que les relations se soient considérablement refroidies avec l'actuel « tsar » de Russie n'y change rien.

« Thézac-Perricard, au-delà de Villeneuve-sur-Lot, ça ne dit rien à personne. Vins du Tsar, ça attire. On fait déguster en racontant l'histoire. C'est notre force », explique-t-il. Les armoiries de la Russie, avec leur aigle bicéphale, font désormais partie intégrante de l'identité des vins, tout comme le portrait du tsar qui orne les étiquettes.

Une stratégie marketing audacieuse

Marcel Calmette, l'actuel maire de Paulhiac, a consacré quinze années de sa vie, de 1980 à 1995, à la création de cette cave. Conseiller technique à la chambre d'agriculture, il était chargé de proposer des actions de développement dans le canton de Tournon-d'Agenais. Alors que partout les agriculteurs réclamaient un meilleur accès à l'eau, il a compris que sur le causse, il serait plus simple de relancer la viticulture.

« J'ai déposé le nom Vins du Tsar contre leur avis », avoue Marcel Calmette. « Mais avec mon argent… » Cette décision s'est révélée payante, notamment grâce au soutien de Jean François-Poncet, ministre des Affaires étrangères sous Giscard d'Estaing et figure politique forte du Lot-et-Garonne à l'époque.

Un modèle économique résilient

Surfant sur l'agrotourisme et le succès des marchés gourmands estivaux, la cave traverse tant bien que mal la crise qui secoue la filière viticole. Elle écoule sans difficulté sa gamme de rouges et rosés, complétée récemment par des blancs élaborés à partir de cépages gersois.

Après plusieurs années de gels tardifs, les stocks sont quasiment épuisés. Le modèle économique est simple : « 100 % métropole, 0 % export ». Une stratégie qui contraste avec les ambitions initiales de Marcel Calmette, qui avait envisagé de grandes perspectives commerciales avec la Russie après l'effondrement du bloc soviétique en 1991.

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Aujourd'hui, la cave des Vins du Tsar continue d'attirer les visiteurs avec son histoire unique, prouvant qu'une identité forte et un récit captivant peuvent être des atouts précieux pour une petite coopérative viticole.