Tempête Nils : les maraîchers bordelais face aux dégâts et à l'incertitude des récoltes
Tempête Nils : les maraîchers bordelais sinistrés

Les maraîchers d'Eysines durement touchés par la tempête Nils

La tempête Nils a laissé des traces profondes sur les exploitations maraîchères de la région bordelaise, particulièrement à Eysines. Les précipitations intenses et les vents violents ont causé des dégâts matériels importants et font peser de sérieuses incertitudes sur les récoltes à venir. Les sols, complètement détrempés, compliquent les travaux agricoles et menacent les plantations de printemps.

Des serres endommagées et des cultures menacées

Cyril Fournier, maraîcher au Jardin de Cyril, constate les dégâts sur ses installations. « Un tunnel s'est dégarni sur environ 60 mètres de long. Le plastique a volé chez les voisins. Heureusement, il n'y avait aucune plantation à cet endroit », explique-t-il. Bien que le céleri, les épinards et les blettes aient été épargnés pour le moment, un autre tronçon de plastique au-dessus des fraises s'est envolé sous la force des vents.

La principale inquiétude du maraîcher concerne maintenant le niveau de la jalle qui borde ses terres. « Je n'ai jamais vu la jalle à ce niveau », confie-t-il, en désignant la menace aquatique à proximité de ses parcelles. Les champs de poireaux baignent littéralement dans l'eau, ralentissant considérablement la récolte.

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La crainte du gel et des inondations persistantes

Les précipitations annoncées pour les prochains jours n'augurent rien de bon. Cyril Fournier s'inquiète particulièrement : « Une accalmie est annoncée la semaine prochaine, il va falloir se dépêcher pour réparer. Sans protection, un coup de gel sur les cultures de printemps et d'été serait terrible ». Le maraîcher garde un œil vigilant sur ses poireaux cultivés en extérieur, vulnérables aux conditions climatiques extrêmes.

L'exploitation voisine, Le Jardin d'Ethan, développant 3 hectares de serres et 10 autres en plein champ, subit également les conséquences des intempéries. Estelle Viala-Sanguinet, la gérante, témoigne : « On a été obligé de curer le cours d'eau et les fossés avec une mini-pelle pour libérer les écoulements, sinon on était noyé ». Elle explique le phénomène : « Les eaux de ruissellement se conjuguent aux nappes souterraines qui remontent. Résultat, l'eau déborde et se déverse chez nous ».

L'urbanisation pointée du doigt

La maraîchère pointe un facteur aggravant : « L'urbanisation et l'imperméabilisation des sols de l'autre côté de l'avenue du Médoc » contribuent selon elle aux inondations récurrentes. Si les conditions d'assèchement ne s'améliorent pas d'ici trois semaines, les plantations de printemps seront compromises et la saison des courges pourrait être retardée.

En attendant, Estelle Viala-Sanguinet porte un soin extrême à ses tomates produites en hors-sol et à ses concombres cultivés sous serres. La surveillance du taux d'hygrométrie est devenue un réflexe quotidien indispensable à la survie de ses cultures.

Des structures endommagées et des sols saturés

À quelques encablures de là, chemin Camin-de-Langlet, Aurore Cessateur-Sournac, maraîchère bio, a vu ses serres éventrées par les vents violents de la tempête Nils. Des éléments de structure sont également endommagés. « Les crémaillères ont cassé. Il y en a pour plusieurs jours de travail », déplore-t-elle. Les bottes s'enfoncent dans les sols saturés d'eau, et les salades, épinards et mâche ne devraient pas survivre à ce régime humide excessif.

Mais sa plus grande crainte concerne la digue de la Jalle des Sables : « Si elle lâche, ce sera catastrophique. L'eau pourrait remonter jusqu'à Ravezies ». Elle évoque également un autre problème structurel : l'évacuation des eaux des lacs de Bordeaux vers la Jallère, connectée à la Garonne.

Un système d'évacuation insuffisant

Estelle Viala-Sanguinet critique ouvertement les infrastructures existantes : « Ce cours d'eau n'est pas dimensionné pour recevoir autant d'eau. Une deuxième vis sans fin devait être installée à l'exutoire pour améliorer l'écoulement vers le fleuve. On la demande depuis plus de cinquante ans. Ce n'est toujours pas fait ».

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Le dossier serait « en cours d'instruction dans les bureaux d'études », mais la maraîchère juge le processus trop lent : « C'est trop long. L'administration (Bordeaux Métropole et services de l'État) est trop lente. En attendant, les eaux refluent vers les terres maraîchères qui servent de bassins de rétention ».

Philippe Laville, autre agriculteur exposé aux inondations, résume la situation avec amertume : « On privilégie les zones urbaines au détriment de nos exploitations. C'est notre avenir qui est en jeu ». Les maraîchers bordelais, déjà éprouvés par les dégâts matériels de la tempête Nils, doivent maintenant faire face à des défis structurels qui menacent la viabilité de leurs exploitations à moyen terme.