Salon de l'Agriculture 2026 : Une édition historique sans vaches, un vide symbolique et des adaptations
Salon de l'Agriculture 2026 sans vaches : un vide historique

Salon de l'Agriculture 2026 : Une édition historique sans vaches, un vide symbolique et des adaptations

Imagine-t-on un Noël dépourvu de sapin, un Indiana Jones sans Harrison Ford, un album de Taylor Swift ne mentionnant pas le moindre chagrin d'amour ? Et pourtant, le Salon de l'agriculture 2026, qui a ouvert ce samedi, se tient bel et bien sans vaches, animal star de la ferme et porte-drapeau de l'événement. Pas un bovin n'est monté à Paris, une première depuis la création du Salon en 1964, en raison de l'épidémie de Dermatose Nodulaire contagieuse (DNS) qui a ravagé les élevages l'été passé.

La solidarité des éleveurs face à l'absence des vaches

Nicolas, éleveur, est venu pour la première fois en vingt ans sans ses vaches. La maladie a depuis reflué, avec aucun nouveau cas depuis le 2 janvier, et Emmanuel Macron ouvrait même la porte en février à la venue de quelques vachettes ici et là. « Merci mais non merci », a répondu d'une seule voix la profession, en solidarité avec les éleveurs les plus touchés. Vendredi, les Pyrénées de l'élevage de Nicolas sont passés en zone vaccinale, et ses bêtes ont à nouveau le droit de circuler partout dans le pays. Pourtant, elles sont restées sagement à l'étable.

« Il ne faut pas se mettre les mains devant les yeux, bien sûr que cela fait un manque », confie l'éleveur, qui amène son troupeau depuis plus de vingt ans dans la capitale. « Le matin, on ne va pas au lavage, on ne s'occupe pas de nos animaux, il n'y a plus de rythme sur dix jours. Mais on ne va pas se pendre non plus… C'est surtout triste pour les bêtes : c'est un an de préparation et un évènement central de leurs vies. »

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Un hall 1 étrangement vide et des compensations limitées

Ajouté à cela que les volailles restent elles aussi à quai depuis 2019 et la grippe aviaire, et le mythique hall 1, qui accueille les bêtes, sonne étrangement vide en ce premier jour. Sans les 500 vaches du Salon, la surface d'exposition a été réduite d'un tiers, certaines allées abandonnées et la ferme géante des précédentes années a parfois des allures de rue de far-west désertique. Arnaud Lemoine, président du Centre national des expositions et concours agricoles, indique que 20 % des autres animaux - moutons, cochons et autres ânes - ont été envoyés en renfort compenser leur absence, et de nombreux ateliers pédagogiques ont été construits.

Nathalie, éleveuse de brebis, constate cependant « le même stand, au même endroit, et avec la même surface que l'an passé » pour ses bêtes, et aucune plus-value de place devant l'absence des bovins. « A ce rythme, c'est à se demander s'il restera des animaux dans ce Salon ! », peste Hélène, qui a amené son petit-fils inconsolable. Ce dernier, un peu jeune à quatre ans pour lire 20 Minutes tous les jours, n'était pas au courant de l'absence de vaches, et il erre son chagrin dans les allées.

La vache, une absence omniprésente et des alternatives timides

Cette absence de vaches va-t-elle reporter l'intérêt du public sur des bêtes moins populaires ? Difficile à croire, au vu des gradins vides pour la présentation des races de moutons. La laine blanche, la queue en tire-bouchons des cochons ou la corne des brebis, c'est certes bien mignon, mais tous les éleveurs l'admettent, difficile de lutter contre le culte qu'impose les vaches, leurs 800 kg, leur aura et leur taille prédominante. Les chevaux sont pressentis comme les nouveaux grands favoris de l'édition, mais ne défileront qu'à partir de dimanche.

Alors, devant l'évidence de son absence irremplaçable, la vache demeure partout. Dans les logos, sur les sacs Lidl, autres stars du salon, dans les goodies. Au stand du Nord dans le hall 1, on vend même pour la première fois, des peluches de vachettes. Maude y voit l'occasion de maintenir l'animal culte. Car au salon, les absents n'ont pas toujours tort, et la Nordiste veut convertir leur manque en une occasion d'en parler toujours plus : « On sent beaucoup de solidarité, et c'est important pour nous de communiquer, de dire que la maladie n'est pas dangereuse pour l'homme, que les vaches vont mieux. »

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Les visiteurs s'adaptent et d'autres attractions prennent le relais

Heureusement, le Salon compte aussi ses néophytes. Cassy et Lucciana sont venues de Valenciennes pour la première fois, et ont du mal à mesurer le poids de cette absence qui fait tant parler. Sacs Lidl en main, elles assurent avoir beaucoup aimé les animaux présents, et être, de toute manière, « surtout venues pour les dégustations ».

Car, et c'est la force du Salon, « il n'y a pas que les animaux et le hall 1 », assure Arnaud Lemoine. « Aux autres stands et autres halls de bénéficier de l'absence des vaches, en prenant aussi la lumière ». Le président l'assure, le rendez-vous vise toujours ses 600.000 visiteurs annuels, bovins ou pas. Un tour au hall 7, celui des produits du terroir et autre épicentre de l'évènement, a de quoi le rendre optimiste, au vu de l'afflux dès le premier samedi.

Timothée, qui vend des demis depuis ce matin, compte-t-il sur le manque d'attraction relatif du hall 1 pour doper son chiffre d'affaires ? « C'est difficile à dire. On fera les premiers comptes ce dimanche ». En habitué, il sait que c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses et les bénéfices. « La météo ou les vacances sont autant de variables au moins aussi importantes que les vaches ».

Reste que loin du hall 1, l'absence des vaches se fait beaucoup, mais alors beaucoup moins sentir. On croise Théo et sa meute de potes, en train d'enchaîner les boissons et les goodies au stand, le tout à même pas 13 heures. « C'est très sympa les vaches, on est triste qu'elles ne soient pas là », mais il serait absurde de le nier : « On n'est pas vraiment venu pour ça. Allez, on va quand même boire à leur santé ».