Le 62e Salon international de l'agriculture débute à Paris dans une atmosphère inédite et mélancolique
Le 62e Salon international de l'agriculture a ouvert ses portes ce samedi à Paris pour une durée de neuf jours, offrant une ambiance profondément inhabituelle, voire un peu triste, principalement en raison de l'absence remarquable des bovins. La déambulation inaugurale du chef de l'État, ainsi que celle du public, ont manqué de panache et de surprises, tandis que les contestations syndicales ont ajouté une note de tension à l'événement. Les initiés avaient prédit que cette édition ne ressemblerait à aucune autre, qualifiée d'inédite du fait de la disparition des veaux, vaches et bœufs, conséquence directe de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse. Cette maladie a contaminé les étables, provoqué des larmes chez les éleveurs, suscité la colère des syndicats et entraîné des manifestations de tracteurs dans les villes.
Une inauguration silencieuse et étrange au parc des expositions de la porte de Versailles
L'événement, qui se tient du samedi 21 février au dimanche 1er mars au parc des expositions de la porte de Versailles, a connu une inauguration sans précédent, étrange, inconnue et empreinte de tristesse. Emmanuel Macron a effectué une halte au pavillon des vins, levant son verre à la filière viticole, un secteur qui traverse lui aussi des difficultés. Quelques minutes avant l'ouverture, l'ambiance dans le hall 1, dédié aux animaux, était particulièrement morose. Habituellement, les bovins, véritables stars de cette grande ferme française, imprègnent les lieux de leur présence : odeurs caractéristiques, bouses sous les semelles, chaleur animale réchauffant les allées, meuglements incessants et agitation générale avec chariots de foin, laitières en route pour la traite et bêtes de concours soigneusement préparées. Cette année, seul un silence pesant règne, à peine troublé par le bêlement lointain d'une chevrette vaguement excitée.
C'est dans ce climat plombé, sous le bruit des flashs des médias, moins nombreux que d'ordinaire, que le président de la République, Emmanuel Macron, a coupé le ruban inaugural. Traditionnellement, la visite présidentielle commence par une longue pause aux côtés de la vache égérie, suivie d'une déambulation à travers les races bovines, les moutons bouclés, les chèvres barbues et les cochons ronflants. Cependant, de manière inédite, le hall 7 des régions et de l'outre-mer a bénéficié des premières poignées de main et tapes dans le dos présidentielles. Entre le ruban et ce hall, Emmanuel Macron a eu un bref face-à-face avec les médias et des rencontres bilatérales privées avec les syndicats volontaires.
Impatience paysanne et critiques syndicales face à l'absence de bovins
La Coordination rurale (CR) avait annoncé un boycott de ce passage quasi obligé, mais, contre toute attente, ses représentants, dont Bertrand Venteau, président du syndicat, et José Perez, président de la CR 47, ont finalement participé, bien qu'ils auraient préféré une entrevue en intersyndicale. Nous y sommes allés quand même car le monde agricole souffre depuis deux ans et ne peut plus attendre. Les paysans ont besoin de réconfort, de produire et de s'assurer des revenus, a expliqué Venteau. Il a ajouté : La loi d'urgence se fait attendre. On espérait des annonces et... rien. Et puis il y a la tristesse remarquable de ce salon sans bovins. La responsabilité en revient à Mme Genevard, la ministre de l'Agriculture, qui n'a pas voulu généraliser la vaccination à l'automne, ce qui aurait permis aux vaches de monter à Paris et aux animaux de redevenir la vitrine de l'agriculture.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a exprimé une impatience similaire, appelant à la promulgation rapide de la loi d'urgence agricole pour redonner de la vision et de l'ambition. Lors de sa rencontre avec le Président, il a abordé la politique agricole commune (PAC) et la nécessité de maintenir les aides pour la France, ainsi que ses réserves concernant un nouvel accord commercial envisagé avec l'Australie. Face à la presse, Emmanuel Macron a défendu son bilan sans complexe, affirmant ne pas regretter ses propos de 2017 sur la montée en gamme, et soulignant les avancées réalisées avec EGalim, les organisations de producteurs et la contractualisation. Il a réitéré ses objectifs : produire pour les territoires, préserver l'eau, les sols et la biodiversité, et protéger pour défendre notre agriculture et l'agroalimentaire, première industrie de France, tout en s'engageant à continuer de se battre pour garantir les revenus des agriculteurs via la PAC.
Une déambulation présidentielle et une affluence publique modérée
La déambulation présidentielle a repris, tandis que le grand public investissait progressivement les lieux, sans toutefois atteindre l'affluence des grands jours. Emmanuel Macron a multiplié les rencontres hors micro avec les différentes filières, goûtant du fromage ici, du saucisson là, sous la surveillance attentive du service d'ordre. Aucun incident majeur n'a été signalé, malgré les promesses de mobilisation des bonnets jaunes pour le dimanche suivant, ajoutant une note d'incertitude à cette édition déjà si particulière. Cette atmosphère étrange et triste marque profondément le 62e Salon international de l'agriculture, reflétant les défis actuels du secteur agricole français.



