Salon de l'Agriculture : entre boycott et dialogue, le monde agricole en quête de réponses
Salon Agriculture : boycott et dialogue pour un secteur en attente

Un Salon de l'Agriculture sous tension malgré le calme apparent

L'ouverture du Salon International de l'Agriculture s'est déroulée dans une atmosphère contrastée, entre déclarations incendiaires et recherche de dialogue. Karine Duc, coprésidente de la Coordination rurale et présidente de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, a lancé des propos particulièrement virulents à l'encontre du président de la République, déclarant : « Ce gars, je suis désolée, [...] Il faut le huer à chaque fois que vous le voyez. C'est une catastrophe cet homme, il faut qu'il dégage ! ». Ces mots tranchaient radicalement avec l'ambiance consensuelle d'une déambulation présidentielle hyperprotégée par 250 policiers en civil.

Boycott et participation : la stratégie syndicale divisée

La Confédération paysanne et la Coordination rurale ont choisi de boycotter le traditionnel petit déjeuner devant réunir le chef de l'État et les organisations syndicales. En revanche, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont maintenu leur participation à cette rencontre, illustrant les divergences stratégiques au sein du monde agricole. La veille de l'ouverture du Salon, Annie Genevard a annoncé concernant la dermatose bovine qu'en l'absence de nouveaux cas, les zones réglementées seraient levées.

Emmanuel Macron a quant à lui twitté une invitation à se rendre Porte de Versailles : « Produire, préserver, protéger, c'est ce que nous faisons pour la ferme française qui vous attend nombreux jusqu'au 1er mars au Salon de l'agriculture ! ». Un message qui contraste avec les tensions persistantes sur le terrain.

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Un événement qui redoute les perturbations

Le Salon International de l'Agriculture accueille traditionnellement 600 000 visiteurs et 1 100 exposants. Cette année, les organisateurs craignaient le pire après plusieurs semaines d'actions menées aux quatre coins de l'hexagone par les agriculteurs français, toutes obédiences syndicales confondues. Pourtant, les exposants n'ont guère été perturbés par les bousculades et le chaos qui avaient marqué notamment l'édition 2024.

Le contexte reste cependant tendu : le Plan d'urgence devant être présenté au Salon par le Premier ministre vient d'être reporté en juin, tandis que la nouvelle version de la loi Duplomb visant à autoriser l'acétamipride ne sera vraisemblablement pas soutenue par le gouvernement. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, déclarait la veille sur France Télévision y être totalement défavorable, tout en reconnaissant que « ces derniers temps, agriculture et environnement ont été très opposés ».

Entre résignation et espoir de dialogue

Malgré l'absence de choix clairement exprimé entre agriculture et écologie dans les propos du président de la République, le soufflet semble être retombé. En arrière-plan, de nombreux agriculteurs sont restés dans les campagnes, souhaitant voir annuler le Salon ou appelant au boycott de l'événement pour ne pas offrir une tribune aux responsables politiques.

Pour les représentants des syndicats ayant fait le déplacement Porte de Versailles, il pourrait s'agir d'une stratégie privilégiant cette fois-ci le dialogue à l'action. Un choix qui effacerait la distinction traditionnelle entre ceux accusés de vendre la mèche et ceux censés l'allumer.

Désillusions et attentes déçues

À un an des élections présidentielles, un sentiment de résignation gagne certains agriculteurs qui estiment perdre leur temps auprès de responsables politiques qui jouent la montre. L'inauguration du Salon de l'Agriculture, où les candidats aux élections municipales et présidentielles vont se succéder pendant une semaine, n'a donc pas produit l'effet escompté.

Cet événement n'aura pas été le point d'orgue tant attendu des manifestations, ni le rendez-vous des résultats espérés concernant les compétitions déloyales et la dégringolade désormais avérée de la compétitivité française. Le monde agricole attend pourtant, depuis plus de trois ans, davantage de lisibilité concernant son avenir et l'ensemble de ses productions.

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La considération que les gouvernements successifs portent au monde agricole semble, comme l'écrivait Saint Grégoire de Nysse, aller désormais de « commencements en commencements vers des commencements qui n'auront plus de fin ». Le millésime 2026 n'aura donc pas été celui du courage politique. Il pourrait, dans ces territoires où les paysans ont pour certains cessé d'espérer, devenir entre deux campagnes électorales celui d'une très préoccupante fatalité.