Un accueil moins tumultueux qu'attendu pour Emmanuel Macron
Contrairement aux attentes nourries par les événements de 2024, le premier jour du Salon de l'Agriculture 2026 n'a pas été marqué par les mêmes scènes de chahut à l'encontre d'Emmanuel Macron. Les membres les plus vocaux de la Coordination rurale sont demeurés à distance respectueuse, leurs protestations se perdant dans le vide en raison de l'éloignement imposé par le dispositif de sécurité présidentiel.
Un calme trompeur et des tensions sous-jacentes
Arrivé peu après 8 heures 30 ce samedi 21 février, le chef de l'État a déployé son habituel jeu de séduction. Il a arpenté les allées, multiplié les poignées de main, goûté les produits, salué les exposants avec ce charme naturel qui le caractérise depuis 2017. Pourtant, cette apparente sérénité ne pouvait masquer les tensions profondes qui traversent le monde agricole.
Les interrogations persistantes autour de la loi d'urgence agricole, la menace toujours présente de l'accord commercial Mercosur, l'absence remarquée des bovins dans cette édition... Les conflits politiques et sociaux planaient comme une ombre sur la visite présidentielle. Dans le regard des exposants, on pouvait déceler une forme de désillusion teintée de résignation. Si le président n'a pas subi de revers majeur, il n'a pas non plus réussi à redorer son blason auprès de cette profession en souffrance.
Les syndicats agricoles expriment leurs griefs
Accompagné notamment de la ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou et de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, Emmanuel Macron a martelé sa volonté de « continuer à produire, préserver, protéger ». « On a besoin dans le contexte international de protéger notre agriculture », a-t-il déclaré en matinée, conscient d'être attendu sur ce sujet brûlant.
Les trois principaux syndicats agricoles - la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale - ont eu l'occasion d'exposer leurs doléances lors d'un petit déjeuner organisé vers 9 heures. Bertrand Venteau, le président offensif de la Coordination rurale, n'a pas mâché ses mots à l'issue de cette rencontre : « Un salon sans bovins, c'est d'une tristesse remarquable. L'ambiance est pesante quand on est éleveurs. »
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA pourtant plus proche de l'exécutif, a également fait preuve de fermeté : « On attend du président de la République qu'il défende les intérêts agricoles. C'est sa responsabilité », a-t-il insisté, évoquant la nécessité de « commercer mais pas sans protéger » face au Mercosur.
Un désarroi palpable chez les agriculteurs
Les syndicats semblent porter la voix d'un malaise profond qui traverse l'ensemble de la profession. Après les inaugurations protocolaires et la rencontre avec la délégation ministérielle de la Côte d'Ivoire, pays invité de cette édition, le président s'est rendu dans la partie Outre-mer du salon.
Clemire Nouel, exposante martiniquaise, a eu l'honneur de lui présenter son gâteau à la patate douce. « Il aurait aimé déguster ça avec quelques acras bien chauds. Malheureusement, on ne m'a pas donné suffisamment de puissance électrique pour pouvoir les faire », confie-t-elle, souriante mais lucide. Le chef de l'État lui a promis une visite en Martinique « d'ici juillet », sans pour autant la rassurer complètement sur les aides concrètes dont ont besoin les jeunes agriculteurs de son île.
Des paroles présidentielles perçues comme vaines
Lucas, éleveur de volailles dans la Sarthe, n'a pas caché sa colère face à des déclarations qu'il juge insuffisantes. « Que ce soit sur nos normes, sur le Mercosur, sur la DNC, on n'est pas écoutés du tout », dénonce-t-il avec une pointe d'agacement dans la voix. « On est dirigé par des gens qui n'ont jamais travaillé au moins un mois dans une exploitation, pour voir comment ça se passe vraiment. »
Le président n'a pas non plus échappé aux questions politiques du moment. Interrogé sur l'affaire Quentin Deranque, il a affirmé se battre « chaque jour pour la République » et prétendu n'avoir « aucune complaisance avec la violence, que ce soit à l'extrême gauche ou à l'extrême droite ». Sur la question épineuse de la fin de vie, il est resté évasif : « C'est une question lourde, grave, intime, je ne vais pas y répondre au Salon... »
Une journée qui laisse un goût d'inachevé
Au final, cette visite présidentielle apparaît comme une opération de communication qui n'a pas atteint ses objectifs. Emmanuel Macron n'a pas réussi à rassurer les exposants, ni à convaincre les syndicats agricoles de la solidité de ses engagements. « Là, on est au Salon de l'agriculture. Mais dans huit jours, quand ça sera terminé, il ne faudra pas nous oublier », soupire un membre des Jeunes Agriculteurs, déplorant le manque de dialogue substantiel avec le président.
Les bains de foule traditionnels n'auront pas suffi à éteindre le désarroi général qui règne dans le monde agricole. Avec moins d'un an et demi de mandat devant lui, Emmanuel Macron a semblé plus que jamais en fin de cycle lors de cette édition 2026 du Salon de l'Agriculture. Ses adversaires politiques, qui investiront les lieux dans les prochains jours, ne manqueront probablement pas de pointer ces faiblesses. La balle est désormais dans le camp du Premier ministre, également attendu sur place, qui devra apporter des réponses plus concrètes que de simples promesses.



