Les départements alpins en guerre contre le quota actuel d'abattage des loups
Actuellement, la législation française autorise le prélèvement de loups à hauteur de 19% de la population lupine sur l'ensemble du territoire national. Ce pourcentage est jugé totalement insuffisant par les collectivités territoriales et les syndicats d'éleveurs, qui militent ardemment pour son augmentation à un niveau de 30%. Cette revendication forte émane principalement des zones les plus touchées par la prédation.
Une pression accrue sur le gouvernement
Mardi 10 février, les présidents des huit conseils départementaux alpins et pré-alpins ont conjointement interpellé le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ainsi que l'ensemble du gouvernement. Dans une lettre officielle, ils exigent une hausse significative du quota autorisé d'abattage. Leur objectif affiché est de sauver la filière de l'élevage, qu'ils estiment menacée dans son existence même par la recrudescence des attaques sur les troupeaux.
Les départements signataires sont :
- La Drôme
- L'Isère
- La Savoie
- La Haute-Savoie
- Les Hautes-Alpes
- Les Alpes-de-Haute-Provence
- Les Alpes-Maritimes
- Le Vaucluse
Des chiffres qui font débat
La population lupine officielle pour 2025 est établie par les autorités à 1 082 individus. Sur cette base, le quota de 19% autorise l'abattage de 205 loups. Les collectivités territoriales et les syndicats d'éleveurs contestent vigoureusement ce chiffre de population, le qualifiant de largement sous-estimé. Leur demande d'un quota à 30% porterait le nombre de loups pouvant être abattus en 2026 à 325 individus, soit une augmentation de 120 animaux.
L'arc alpin, épicentre de la crise
L'immense majorité de la population de loups en France se concentre dans l'arc alpin. C'est également dans cette région que sont recensées plus de 80% des attaques contre les troupeaux sur le territoire national. Les filières du pastoralisme et de l'élevage, en particulier les secteurs ovin et caprin, sont les premières victimes de ces prédations.
Les départements alpins décrivent une situation dramatique : « Nos filières sont confrontées depuis plusieurs années à une menace considérable, voire existentielle : la multiplication des attaques de loups ». Ils insistent sur l'impact dévastateur de ce phénomène, qui dépasse le simple préjudice économique.
Une détresse humaine et des demandes récurrentes
« Ce fléau impacte durement nos troupeaux et engendre une vraie détresse morale et psychologique parmi les bergers », s'alarment les élus locaux. Cette interpellation n'est pas une première. Une demande similaire de rehaussement du quota est formulée de manière récurrente depuis 2023, mais elle est restée jusqu'à présent sans réponse concrète de la part des gouvernements successifs.
Les signataires se défendent de toute volonté d'éradication : « Loin de nous l'idée de vouloir préparer l'extinction de l'espèce lupine sur notre sol ! ». Ils invoquent plutôt la nécessité de « tirer les conséquences » d'une évolution juridique récente au niveau européen.
Le déclassement européen du loup comme argument
L'Union européenne a en effet procédé au déclassement du statut du loup, qui est passé d'« espèce strictement protégée » à « espèce protégée ». Ce changement de catégorie ouvre théoriquement la voie à une gestion plus flexible. Le gouvernement français a d'ailleurs prévu pour 2026, dans les zones les plus exposées, un assouplissement des conditions des « tirs de défense ».
Cet assouplissement se traduira par la suppression du régime d'autorisation préalable, remplacé par un simple système déclaratif a posteriori en préfecture. Cependant, cette mesure n'incluait initialement aucune augmentation du quota global de 19%.
Une concession jugée insuffisante
Sous la pression intense des syndicats agricoles, le gouvernement a finalement annoncé le 10 janvier une légère concession. Le quota sera porté à 21% pour l'année 2026, ce qui représente seulement 22 loups supplémentaires pouvant être abattus par rapport au plafond précédent. Cette augmentation marginale a été immédiatement dénoncée comme totalement insuffisante par les représentants des éleveurs.
Le dossier du loup reste un sujet incandescent et hautement inflammable, cristallisant un antagonisme profond entre, d'un côté, les éleveurs et leurs soutiens politiques locaux, et de l'autre, les organisations de protection de la nature et de la faune sauvage. La bataille autour du chiffre de 30% symbolise l'intensité de ce conflit qui dépasse la simple gestion technique d'une espèce.



