Une mobilisation citoyenne sans précédent
La pétition exigeant l'abrogation de la loi Duplomb a franchi un cap historique en réunissant plus de 2,1 millions de signatures, déclenchant ainsi un débat à l'Assemblée nationale ce mercredi 11 février. Cet événement marque une première sous la Ve République, où aucune pétition n'avait jusqu'ici accédé à l'hémicycle. Cependant, cette discussion restera symbolique, puisqu'elle ne pourra aboutir à un vote ni à une modification législative.
Un débat aux conséquences limitées
Les critiques fusent déjà concernant la portée réelle de ce débat. Une députée écologiste a fustigé son utilité, soulignant qu'il avait été reporté à quinze reprises. Stéphane Peu, chef des députés communistes, a regretté que cette mobilisation massive n'ait pas conduit à une remise au vote des parlementaires, se limitant à quelques heures de discussion. Un élu du MoDem anticipe même un simple "pugilat" verbal.
La loi Duplomb et ses controverses
Adoptée début juillet avec le soutien des macronistes, Les Républicains et l'extrême droite, la loi Duplomb facilite le stockage de l'eau et l'agrandissement des bâtiments d'élevage. Mais c'est la réintroduction conditionnelle de l'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde interdit en France, qui a suscité l'indignation. Dénoncé comme un "tueur d'abeilles", ce produit a conduit le Conseil constitutionnel à censurer cette disposition, jugée insuffisamment encadrée.
Une mobilisation qui persiste
Malgré cette censure, le sénateur Laurent Duplomb a déposé une nouvelle proposition de loi pour réintroduire l'insecticide, en tenant compte des remarques du Conseil. Cette initiative a été qualifiée de "charge trumpiste, dangereuse, provocatrice" par la députée insoumise Aurélie Trouvé, qui accuse la droite de piétiner la pétition la plus importante de l'histoire parlementaire. En réponse, une nouvelle pétition contre ce deuxième texte a déjà recueilli plus de 86 000 signatures.
Rassemblements et oppositions
Plus de 200 organisations, dont Greenpeace et la Confédération paysanne, appellent à un rassemblement devant l'Assemblée nationale à partir de 12h30. Ce mouvement s'inscrit dans une série de manifestations ayant eu lieu partout en France ce week-end, témoignant d'une mobilisation toujours vive. La pétition initiale, largement relayée par des ONG et des personnalités politiques, dénonçait une "aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire".
Les arguments des défenseurs
Laurent Duplomb défend ses textes comme nécessaires pour soutenir les producteurs de betteraves et de noisettes, confrontés à des épidémies sans alternatives viables. Il dénonce une injustice envers les agriculteurs français, à qui on interdirait ce qui est autorisé ailleurs en Europe, risquant selon lui la disparition de certaines filières. Le député LR Antoine Vermorel-Marques plaide pour une défense de l'acétamipride à l'échelle européenne, critiquant un "nivellement par le bas".
Un débat sous contraintes
Les discussions débuteront à 15 heures avec les interventions des groupes politiques et de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, qui avait soutenu la loi. Chaque groupe pourra poser une ou deux questions, selon sa taille, dans des modalités conçues pour éviter un débat "trop insatisfaisant", selon la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet. Interrogée sur la portée limitée de ce débat sans vote, elle a rappelé son soutien à une réforme du référendum d'initiative partagée (RIP), dont le seuil actuel dépasse les 4,5 millions de signatures.
Perspectives politiques
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a exclu d'intégrer la nouvelle proposition de loi dans la "loi d'urgence" agricole en préparation. Néanmoins, les questions des alternatives aux pesticides et des preuves de leur dangerosité animeront les débats de mercredi. Yaël Braun-Pivet a souligné que si le seuil du RIP avait été abaissé à un million ou un million et demi de signatures, un référendum aurait pu être enclenché, offrant une portée bien plus significative à cette mobilisation citoyenne.



