Après 15 ans de combat, les agriculteurs abandonnent leur projet de méthanisation à Sainte-Soulle
Projet de méthanisation abandonné après 15 ans de lutte à Sainte-Soulle

Un projet de méthanisation enterré après quinze années de bataille

Dans un épilogue marqué par l'amertume, les agriculteurs porteurs du projet Méthadoux Énergies ont définitivement renoncé à leur ambition de créer une unité de méthanisation à Sainte-Soulle. Cette décision intervient après quinze longues années de réflexions, de consultations, d'études techniques et de montages de dossiers, mais aussi de contentieux judiciaires coûteux qui n'auront finalement abouti à rien de concret.

Un investissement de 8 à 10 millions d'euros abandonné

En décembre dernier, le comité de pilotage de la SAS Méthadoux Énergies a officiellement acté l'abandon de ce projet qui devait transformer les déchets verts, notamment d'origine agricole, en biogaz renouvelable. La société, créée en 2013 par vingt-cinq agriculteurs des communes de Saint-Xandre, Dompierre-sur-Mer, Vérines, Villedoux et Longèves, accompagnés de partenaires, est désormais en phase de dissolution depuis février.

Pourtant, en mars 2025, le tribunal administratif de Poitiers avait levé ce qui semblait être le dernier obstacle juridique au projet, suite à une requête déposée par une association de riverains. Cet investissement de 8 à 10 millions d'euros aurait pu significativement améliorer la souveraineté énergétique locale et s'inscrivait parfaitement dans l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2040 porté par l'intercommunalité rochelaise à vingt-huit communes, connue sous le nom de La Rochelle Territoire zéro carbone.

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Des divisions politiques et territoriales persistantes

Le chemin vers la réalisation du projet s'est heurté à de multiples résistances. En mars 2022, la Communauté d'agglomération de La Rochelle avait accepté de vendre la parcelle visée dans la zone d'activité de Sainte-Soulle. Cependant, le maire de la commune, Bertrand Ayral, souhaitait quant à lui implanter l'unité sur une autre parcelle, ce qui, selon Jean-François Fountaine, aurait retardé le projet de deux à trois années supplémentaires.

La cession de la parcelle initiale a finalement été approuvée de justesse par dix-huit voix pour, dix-sept contre et une abstention, provoquant le départ immédiat des dix-sept maires opposés qui ont claqué la porte de la réunion. La méthanisation, tout comme le projet d'implanter vingt à vingt-cinq éoliennes terrestres sur le périmètre communautaire, est ainsi devenue un sujet majeur de crispation et de division profonde au sein du territoire.

Un contexte d'incertitudes jugé trop risqué

Quatre années après ces débats houleux, aucune des éoliennes ni unités de méthanisation prévues dans le Plan climat air énergie territorial n'a vu le jour. Pourtant, la production de biogaz se développe ailleurs dans la région, notamment à Surgères, La Vallée près de Saintes et Tonnay-Charente. Philippe Massonet, l'un des porteurs du projet Méthadoux, souligne d'ailleurs qu'« il y a au moins trois projets en cours dans le sud du département ».

Alors pourquoi abandonner si près du but ? Les raisons sont multiples : les partenaires initiaux ont progressivement changé d'orientations et de priorités, l'opposition au projet « reste forte à Sainte-Soulle » et le contexte politique demeure particulièrement aléatoire. « Prendre le risque d'affronter de nouvelles difficultés, c'est non, explique Philippe Massonet, il y a trop d'incertitudes. »

La nécessité de la méthanisation demeure intacte

Malgré cet échec, le besoin d'une unité de méthanisation persiste sur le territoire. Une telle installation permettrait de valoriser efficacement les déchets verts, particulièrement ceux d'origine agricole, et de participer, grâce à la rotation et au choix des cultures, à alléger la pression des pesticides sur les sols. Un nouveau projet pourrait donc émerger à l'avenir.

Consciente des enjeux, la récente société d'économie mixte communautaire Énergies Renouvelables a d'ailleurs lancé une mission spécifique pour mieux comprendre les raisons profondes de cet échec dans la transition énergétique locale, dans le but évident de mieux les prévenir à l'avenir et d'éviter que de tels blocages ne se reproduisent.

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