Pommes de terre : chute de 23 % de la production française en 2026
Pommes de terre : production française en chute de 23 %

La production française de pommes de terre devrait chuter de 23 % en 2026, selon l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui a annoncé ce lundi une « baisse massive » de la récolte. Le ministère de l'Agriculture estime que la production atteindra 6,5 millions de tonnes, soit 1,8 million de tonnes de moins que l'année précédente, en raison de cinq épisodes successifs de canicule et d'un déficit hydrique exceptionnel.

Une chute après une année record

Cette baisse marque un coup d'arrêt après une année 2025 record, marquée par des tarifs douaniers imposés par Donald Trump et l'arrivée sur le marché mondial de géants comme la Chine et l'Inde, qui réservaient auparavant leur production à leurs marchés domestiques. Les Français, premiers exportateurs mondiaux de pommes de terre sous forme de tubercule (près de la moitié de la production, dont un quart part en Belgique), avaient connu une crise de surproduction les conduisant à réduire leurs surfaces dédiées.

La sécheresse exceptionnelle frappe donc un secteur déjà fragilisé. Pour le moment, l'effet sur les prix est « quasiment imperceptible ou alors à la marge », confie Bertrand Ouillon, délégué général du Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT). « L'organisation de la production et puis la vente en grande et moyenne surfaces est organisée dans le temps. Donc les contrats qui approvisionnent les usines ont été signés aux mois de janvier, février, et mars de l'année dernière, avec des prix qui étaient fixés », explique-t-il.

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Des hausses possibles pour les pommes de terre non contractualisées

« Là où ça va se compliquer, c'est pour les pommes de terre qui ne sont pas contractualisées. C'est une partie qui, dans une campagne normale, est évaluée autour de 20 % de la production, précise-t-il, là du fait du manque dû à la sécheresse, elle va peut-être représenter 10 % supplémentaires. Donc on parle de 25 à 30 % de l'approvisionnement qui vont être achetés au cours du marché libre qui est supérieur aux prix des contrats signés. » Rien d'exceptionnel toutefois pour le représentant, qui avance le chiffre de 5 centimes/kg.

Pour les pommes de terre « dont on parle actuellement » et qui devraient être ramassées dans un mois et demi, la situation pourrait être différente. « Il y aura des renégociations annuelles en janvier-février. Et si un producteur ne peut fournir que 30 tonnes au lieu de 40, il aura tout de même des coûts fixes à compenser donc on pourrait voir un effet sur les prix », prévient Bertrand Ouillon. Les industriels devront alors se tourner vers d'autres sources parmi les plus grands fournisseurs mondiaux (Chine, Inde, Ukraine, Russie, États-Unis, etc.).

Un effet à long terme incertain

Cette situation pourrait se répéter avec les canicules et les sécheresses, mais Bertrand Ouillon modère : « Les conditions climatiques sont rarement normales. Il y a toujours un pic d'un côté ou de l'autre. Donc c'est l'état de négociation permanent. C'est encore trop tôt selon moi pour affirmer qu'il y aura une augmentation à long terme. »

Il ajoute que jusqu'à présent « on exporte beaucoup de pommes de terre juste à côté de chez nous. Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Grèce […], et comme on était déficitaire en termes d'industrie, il y avait beaucoup de ces pommes de terre qui nous revenaient sous forme de frites surgelées et de chips ». Avant de poursuivre : « Aujourd'hui, on est en train de se réindustrialiser en France et donc globalement cette balance sur les produits transformés reste déficitaire mais elle s'améliore. »

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Des calibres plus petits, un défi pour la restauration

Un autre paramètre pourrait frapper le secteur : avec le déficit hydrique, les pommes de terre sont plus petites. Or les calibres sont importants pour la restauration. Il faut des pommes de terre d'une certaine taille pour avoir des frites assez grandes et assez fournies en « chair ». Plus petites, elles sont plus difficiles à cuire correctement et ont moins de goût. Une difficulté de plus pour la restauration et pour les industriels qui pourraient, à terme, envisager de se tourner vers des producteurs chinois ou indiens qui arrivent sur le marché avec des produits moins chers et de bonne qualité, dans les standards européens.