Pénurie d'œufs en France : une consommation en hausse qui dépasse l'offre nationale
Pénurie d'œufs : la consommation française dépasse l'offre

La consommation d'œufs en France dépasse l'offre nationale

Faut-il le rappeler ? Il n'y a pas de pénurie d'œufs en France, mais une consommation qui a progressé de manière significative, surpassant l'offre nationale. La filière se mobilise pour que la production rattrape le rythme de la demande. Il est nécessaire de construire des poulaillers pour les poules pondeuses, mais aussi pour les poulets. Alors que les œufs viennent parfois à manquer dans les rayons de la grande distribution, le Comité national pour la promotion de l'œuf (CNPO) les met à l'honneur par sa présence, pour la première fois, au Salon international de l'agriculture, porte de Versailles. Ne voyez pas là un paradoxe. L'œuf est très populaire et le grand public en redemande. C'est précisément pour cette raison qu'il peut venir à manquer.

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

Éleveur en Côtes-d'Armor et président du CNPO, Yves-Marie Beaudet présente des données éloquentes. « En 2025, chaque Français a consommé 237 œufs dans l'année, et on projette qu'il en consommera 269 par an en 2035 », affirme-t-il. Depuis 2023, il s'est vendu, en France, 300 millions d'œufs supplémentaires chaque année dans les magasins, pour atteindre 7,3 milliards sur l'année 2025. Cela représente une hausse de 5 % chaque année sur trois ans. En revanche, la production n'a augmenté que de 1 %. Le taux d'auto-approvisionnement est passé de 99,4 % en 2024 à 95,8 % en 2025. En 2025, chaque Français a consommé 237 œufs, contre 224 en 2023, dont près de la moitié achetée en grande distribution pour une consommation à domicile.

Les raisons de cet engouement

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation de la consommation. D'abord, l'après-Covid a redonné aux Français l'envie de cuisiner en famille et à domicile. Ensuite, la guerre en Ukraine et la poussée inflationniste ont affaibli le pouvoir d'achat, faisant de l'œuf un produit relativement bon marché comparé aux protéines animales. Enfin, ses qualités nutritionnelles en font un aliment polyvalent et peu calorique.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La nécessité de construire des poulaillers

Pour maintenir la consommation d'œufs français, il faut créer 10 millions de places de poules pondeuses d'ici à 2035 – actuellement, la France en compte 40 millions – afin d'atteindre une production de 18 milliards d'œufs. La filière a d'abord estimé qu'il fallait construire 300 nouveaux poulaillers d'ici à 2030, puis a revu ses projections à la hausse : 575 d'ici à 2035, répartis dans tous les départements. Il y en a actuellement 32 000 en France. Cependant, le processus est long. « Entre le moment où on commence à monter le dossier et la première ponte, il faut compter trois ans », regrette Yves-Marie Beaudet.

Des procédures administratives à simplifier

Le CNPO demande à l'État de simplifier et d'accélérer les procédures administratives. « Nous sommes soumis à des demandes d'autorisation sur les installations classées à un seuil de 40 000 poules, quand le seuil européen est à 60 000 poules. Ça crée une concurrence déloyale et ça ralentit les procédures », explique-t-il. Un éleveur de sa région, déjà propriétaire d'un bâtiment de 30 000 poules, souhaitait en créer un second de 30 000 pour monter son potentiel à 60 000. Depuis début 2024, il a dépensé 50 000 euros, son dossier fait 742 pages et il ne verra pas la couleur d'un œuf avant 2027. Si nous ne voulons pas nous retrouver dans le cas de la production de volaille, nous devons agir vite.

La volaille, un exemple à ne pas suivre

La filière volaille fait cause commune avec les œufs pour lancer sa trajectoire ambitieuse de création de nouveaux poulaillers. Elle en espère 2200 d'ici 2035, soit 400 de plus qu'actuellement, et ambitionne ainsi de relocaliser 20 % de la consommation importée. Le marché de la volaille continue de croître, avec une hausse de 3,3 % en 2025 de la consommation hors domicile par rapport à 2024. Le poulet reste le champion, avec 25,6 kg consommés par an et par Français. Cependant, 52,4 % des poulets sont importés.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le bien-être animal, un atout français

La filière œufs française ne souffre pas aujourd'hui de l'importation et se distingue même de ses concurrents européens en matière de bien-être animal. « Nous n'avons plus, dans nos effectifs, que 23 % de poules élevées en cages et nous comptons faire descendre ce pourcentage à 10 % en 2035, soit 90 % en alternatifs à la cage, sur sol », précise Yves-Marie Beaudet. En comparaison, au sein de l'Union européenne, seules 23 % des poules ont accès à l'extérieur.

L'acceptabilité citoyenne, un frein majeur

Il faut construire des poulaillers pour les poules pondeuses et pour les poulets de chair, mais un frein persiste : la difficile acceptation par les citoyens de voir surgir un bâtiment avec des animaux et leurs nuisances, réelles ou fantasmées. « L'acceptabilité est effectivement un frein. Mais quand le grand public se retrouve face à un rayon vide, il commence à s'intéresser aux poulaillers et l'acceptabilité est plus facile », fait remarquer le président du CNPO. Le grand public est invité à continuer de consommer des œufs « origine France », au nom de la souveraineté alimentaire.

La filière porcine, une situation similaire

La filière porcine signe un manifeste commun avec les œufs et la volaille. Pour elle aussi, l'année 2026 sera charnière pour maintenir l'autosuffisance française. La consommation de porc a progressé de 2,6 % en 2025, après une hausse de 1,4 % en 2024, pour atteindre 31,6 kg par an et par habitant en moyenne. Son prix autour de 9 euros le kilo en fait un produit accessible. Son taux d'auto-approvisionnement est de 98 % en 2025, avec une production stable. Pour maintenir cette autosuffisance, il est indispensable, selon l'interprofession Inaporc, « d'assurer la reprise du millier d'élevages existants quand 45 % de ses exploitants ont d'ores et déjà plus de 55 ans ». Cela implique la reprise de 100 élevages par an d'ici à 2035, nécessitant 5 milliards d'euros d'investissement. Comme pour les poulaillers, la simplification des procédures et l'acceptabilité citoyenne seront clés.