Ouverture de la pêche à la truite en Dordogne : entre tradition et inquiétudes écologiques
Pêche à la truite en Dordogne : tradition et inquiétudes

L'ouverture de la pêche à la truite attire toujours en Dordogne

Comme chaque année, l'ouverture de la saison de la pêche à la truite a rassemblé de nombreux adeptes le long des cours d'eau de première catégorie en Dordogne. Samedi 14 mars, dès les premières lueurs du jour, les pêcheurs se sont postés sur les berges du département, notamment le long du Manoire dans l'agglomération de Périgueux, sur les bords du Salembre dans la vallée de l'Isle, au barrage de Saint-Astier, et surtout sur la plaine de Lamoura à Boulazac-Isle-Manoire.

Ce dernier spot, connu pour son étang et le Manoire attenant, attire traditionnellement les pêcheurs en masse. Ce jour-là, plusieurs dizaines de pratiquants, canne à la main et casse-croûte dans le sac ou la glacière, ont passé leur journée à taquiner le poisson. Le succès de ce rendez-vous annuel ne se dément pas, rassemblant à la fois de jeunes passionnés et des habitués de longue date.

Une passion qui traverse les générations

Parmi les pêcheurs présents, on observe une proportion croissante de jeunes, comme le constate la Fédération de pêche périgordine depuis quelques années. Oscar, 16 ans, et Arthus, 17 ans, en sont de parfaits exemples. Amis de judo, ils ont découvert leur passion commune pour la pêche, transmise par leurs grands-pères respectifs.

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« Pour l'instant, j'en ai pris une », témoigne Oscar. « Ce qui me plaît, c'est le calme, le fait d'être dans la nature… C'est relaxant. » Arthus, quant à lui, apprécie particulièrement « le combat avec le poisson ». Tous deux soulignent que ce loisir leur permet de se reconnecter à la nature et de décrocher de leur téléphone.

Quelques centaines de mètres en aval, Gérard, 75 ans, originaire de la Creuse et habitant d'Agonac, ne rate jamais l'ouverture de la truite. Il pêche avec la vieille besace de son père, qui lui a appris à pêcher à l'âge de 6 ans. « Ce matin, j'en ai pris quatre », déclare-t-il en souriant, tout en évoquant avec nostalgie une époque où l'on sortait « des truites sauvages de 35 ou 40 centimètres avec seulement des vers de terre ».

Des inquiétudes face au déclin des populations de poissons

Comme Gérard, d'autres pêcheurs expérimentés partagent leurs préoccupations concernant l'état des rivières. Daniel, qui a pourtant pêché son quota de six truites (le maximum autorisé) ce matin-là, souligne qu'il s'agit principalement de « truites d'élevage ». « Des sauvages, il n'y en a presque plus », regrette-t-il.

« C'est triste. Nos rivières ne sont plus en état », commente-t-il en remontant le courant du Manoire. Année après année, son plaisir est altéré par la baisse des populations de poissons : de moins en moins de vairons, de perches, et même les carpes de rivière se feraient rares.

Pour Daniel, ce constat reflète à la fois les effets du changement climatique et des choix politiques. Il critique notamment l'interdiction de réguler les populations de cormorans, grands consommateurs de poissons qui pulluleraient désormais en Périgord. « C'est bien qu'il y a un problème, dit-il. Et en Dordogne, ce n'est pas une question de pollution. »

Malgré ces inquiétudes, la passion de la pêche reste intacte. Aucun de ces pêcheurs, jeunes ou anciens, ne semble prêt à raccrocher les cannes. L'ouverture de la saison de la truite demeure ainsi un rendez-vous incontournable, mêlant tradition familiale, plaisir de la nature et préoccupations environnementales croissantes.

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