Nématode du pin : une scierie landaise en première ligne pour un traitement thermique vital
Dans la région touchée par le nématode du pin, un ver dévastateur détecté à Seignosse le 4 novembre 2025, tout bois doit obligatoirement subir un traitement thermique spécifique avant exportation. La scierie Lesbats, située à Léon, a été désignée par la préfecture de Région et la Draaf pour cette mission critique. À première vue, l'activité semble normale : le bruit des machines résonne, des ouvriers en gilets jaunes s'affairent entre les hangars, et des planches s'empilent à l'air libre ou sous des tôles. Pourtant, depuis l'annonce de la détection du parasite, les opérations ont radicalement changé.
Une crise forestière aux conséquences immédiates
Suite à la découverte du nématode, une zone infestée de 500 mètres de rayon (soit 61 hectares de forêt) et une zone tampon de 20 kilomètres (36 000 hectares) ont été instaurées. Toute activité forestière et sylvicole a été immédiatement suspendue dans ces périmètres. Bien que la scierie Lesbats se trouve miraculeusement à quelques mètres en dehors de la zone tampon, lui permettant de poursuivre une exploitation normale pour le bois hors zone, sa proximité avec le foyer affecte une partie significative de son activité.
Paul Lesbats, PDG de l'entreprise, précise : « On a actuellement 30 000 mètres cubes de bois bloqués, ce qui représente 1 500 000 euros. En moyenne, chaque année, nous estimons à 350 000 mètres cubes de bois achetés dans cette zone. » En plus de l'abattage des 17 arbres morts après le passage du ver, la préfecture a décidé d'abattre l'intégralité des 61 hectares de la zone infestée. À la mi-décembre, les entreprises sélectionnées pour le traitement et l'exploitation des pins ont été officialisées.
La norme NIMP 15 : un traitement énergivore et exigeant
Grâce à sa proximité géographique, la scierie Lesbats a été choisie avec quelques autres usines. Sa mission consiste à traiter tout le bois d'œuvre (40 % du total) de la zone en appliquant la norme NIMP 15. Ce protocole implique de chauffer le pin à une température minimale de 56 °C pendant au moins trente minutes, afin d'éliminer tout insecte potentiellement incrusté, dont le nématode. La scierie possède cette technologie depuis plusieurs années, comme une vingtaine d'autres scieries landaises.
Paul Lesbats nuance : « D'habitude, nous traitons 30 à 40 % de notre production. Sur cette zone, désormais, on traitera 100 % du bois. Ce qui demande énormément d'énergie, donc des coûts supplémentaires. » L'État exige également une extrême traçabilité, avec un passeport sanitaire collé sur chaque palette, indiquant si le lot a été traité en NIMP 15. « Il faut isoler les palettes traitées de celles non traitées. Cette nouvelle organisation a mobilisé toutes nos équipes », ajoute le PDG. La scierie emploie 160 salariés, dont 60 sur le site de Léon.
Des investissements anticipés pour faire face à la crise
Paul Lesbats avait anticipé l'éventualité du nématode. En 2024, la scierie a repris un site à Ygos, équipé d'un réseau de séchoirs et d'une chaudière, récemment autorisé par la préfecture pour le traitement NIMP 15. L'entreprise dispose de quatre chaudières et d'une vingtaine de séchoirs au total, avec une demande d'aides complémentaires pour quatre nouveaux séchoirs en cours. Les chaudières fonctionnent grâce à des combustibles comme des plaquettes, copeaux ou sciure, chauffant de l'eau à 90 °C.
Le PDG explique : « Au lieu de mettre six mois à sécher naturellement, on le sèche en quelques heures ou quelques jours. Puis on le chauffe pour tuer l'insecte. » Les techniques de séchage et de chauffage s'effectuent dans le même espace, avec un bruit assourdissant de ventilateurs nécessaires pour brasser l'air. Chaque séchoir traite 100 mètres cubes de bois par jour.
Inquiétudes pour l'avenir et appels à l'action
Tant que la zone de restrictions ne s'agrandit pas, Paul Lesbats estime que sa scierie pourra gérer les flux. Cependant, il s'inquiète : « Si de nouveaux foyers venaient à être découverts, si le traitement NIMP 15 devait être généralisé dans les Landes de Gascogne, il faudrait doubler les capacités. Aujourd'hui, il concerne seulement 40 à 50 % de la production régionale, soit 500 000 à 600 000 mètres cubes par an. Il y aurait 600 000 mètres cubes de plus à trier, nécessitant une cinquantaine de séchoirs supplémentaires. » Avec la Fédération, il demande à l'État et à la Région un plan national de remise à niveau des scieries.
Actuellement, entre les deux dernières semaines et les deux prochaines, la scierie pourra traiter entre 4 000 et 5 000 mètres cubes. Mais au 31 mars, selon le protocole, toute activité liée aux zones infestée et tampon devra être stoppée jusqu'en octobre prochain. Compte tenu des retards d'abattage dus aux intempéries, il est incertain si le traitement sera terminé à temps. Cette situation souligne l'urgence d'une réponse coordonnée pour préserver l'économie forestière locale.