Le nématode du pin détecté en France : un expert portugais partage son analyse
Luis Bonifacio, spécialiste européen de la maladie du pin maritime, observe avec attention la situation dans le massif des Landes de Gascogne. « Les Français se sont préparés depuis longtemps à l'arrivée du nématode », reconnaît-il. Cependant, il émet des réserves sur certains aspects du protocole de lutte mis en œuvre.
Une présence précoce du vecteur signalée dès 2019
En 2019, lors d'une visite en Nouvelle-Aquitaine sur invitation de son collègue français Hervé Jactel, entomologiste forestier à l'Inrae, Luis Bonifacio avait déjà noté une présence « très forte de Monochamus galloprovincialis dans le massif des Landes… plus qu'au Portugal ». Il se souvient avoir averti : « Quand le nématode du pin sera détecté chez vous – car inévitablement il le sera –, il faudra agir vite. »
Le 4 novembre 2025, la prédiction s'est réalisée avec la première détection de la maladie à Seignosse. Le protocole d'éradication européen a été activé, prévoyant :
- Une zone d'infection de 500 mètres autour du foyer où tous les arbres doivent être abattus
- Une zone tampon de 20 kilomètres avec restrictions des travaux forestiers et traitement thermique du bois abattu
Critiques sur la stratégie d'abattage et recommandations techniques
Le scientifique portugais, référence internationale sur cette maladie, estime que la France a bénéficié de l'expérience portugaise accumulée depuis vingt ans. Il souligne que les sylviculteurs français ont même développé des souches de pins maritimes prometteuses en termes de résistance.
Mais concernant la décision d'abattre tous les arbres dans la zone infestée, Luis Bonifacio est plus critique : « Je conseille de limiter la coupe rase aux quelques arbres du foyer et d'opérer un piégeage intensif dans le reste de la zone infestée ». Il explique cette position par un risque de dispersion : « Si les coléoptères n'ont plus d'arbres à manger, ils vont voler et disperser la maladie plus loin. »
L'expert adresse également des recommandations précises aux agents de la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf) :
- Couper tous les arbres morts et en dépérissement pendant l'hiver dans la zone tampon
- Vérifier le plus précocement possible la présence du nématode en haut des arbres
- Concentrer la surveillance sur la cime des arbres, là où débute la maladie et où elle est identifiable
Ces conseils techniques visent à optimiser la surveillance et à contenir plus efficacement la propagation du nématode dans le massif landais, tout en préservant au maximum le patrimoine forestier.



