Tempête Nils : les maraîchers béarnais dévastés réclament catastrophe naturelle
Maraîchers béarnais dévastés par la tempête Nils

Tempête Nils : les maraîchers béarnais dévastés réclament catastrophe naturelle

Les serres des maraîchers béarnais ont subi des dégâts considérables suite aux vents violents et aux fortes pluies de la tempête Nils qui a semé le chaos dans tout le Sud-Ouest de la France. Un collectif de 80 exploitants, appuyé par la Confédération paysanne, exige la reconnaissance en catastrophe naturelle et des aides d'urgence pour faire face à cette situation dramatique.

Un spectacle de désolation dans les exploitations

« Les lambeaux de plastique volaient dans un bruit infernal : c'était assez traumatisant », confie Valentin Joly, gérant de la Cueillette de l'Aragnon à Montardon, au nord de Pau. Cette exploitation qui emploie 12 personnes et approvisionne de nombreux habitants de la région paloise en légumes et fruits frais a vu environ 20% de ses serres souffrir sous les violentes rafales de vent.

Comme environ 80 autres maraîchers du Béarn réunis au sein d'un collectif, Valentin Joly a subi des dégâts essentiellement sur les bâches qui recouvrent ses serres. Et ce malgré les précautions prises en amont. « Certains prennent des cutters et coupent le plastique avant la tempête, pour qu'il n'y ait pas de prise au vent », révèle-t-il. « Parce que le risque maximal c'est que les structures métalliques soient abîmées. Le prix d'une serre, c'est environ 20 euros par mètre carré. »

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Des coûts de réparation exorbitants

Pointant l'un de ses 30 tunnels qui couvrent 1,5 hectare, il chiffre les dégâts : « Celui-ci fait 500 m², ça coûte 10 000 euros ». La situation est d'autant plus critique que les plantations sont compromises. « Dans cette serre, on devait planter des courgettes la semaine prochaine. Là, ça ne sera pas jouable. Surtout qu'il va encore pleuvoir énormément, donc on ne pourra pas retravailler le sol. »

À côté, des salades désormais à l'air libre sont arrivées à maturité. « On n'est pas loin du but, mais on va avoir de la perte, elles vont s'abîmer », commente-t-il avec amertume.

Un sentiment d'abandon face aux dispositifs d'aide

« On sait que des tempêtes comme ça, il va y en avoir de plus en plus », s'inquiète Valentin Joly. « Et là on est démunis, on a juste la solidarité entre les paysans qui s'activent : on va monter une bande de travail avec ceux qui ont été moins touchés, pour aider les autres. »

Mais c'est justement le volet financier qui blesse, « dans un métier où on n'a déjà pas de grosses marges », rappelle-t-il. « C'est inassurable. Or, aujourd'hui, pour bénéficier du fonds de calamité il faut avoir une assurance récolte… Le maraîchage est orphelin sur les dispositifs d'accompagnement. On se sent abandonnés. »

Un enjeu de souveraineté alimentaire

Le collectif espère que la préfecture, la communauté d'agglomération, le Département et la Région déclencheront des dispositifs d'aide d'urgence. Un recensement des dégâts est en cours pour chiffrer le soutien financier nécessaire, qui devrait s'élever à plusieurs centaines de milliers voire quelques millions d'euros.

La Confédération paysanne, qui soutient le collectif, réclame à l'État la déclaration de l'état de catastrophe naturelle et des aides d'urgence. « À quelques semaines du printemps, le passage de cette tempête met en danger un grand nombre de fermes dans le lancement de la production de la saison à venir », alertent les représentants syndicaux. « Cela nécessite une réaction d'urgence des pouvoirs publics. C'est un enjeu de souveraineté alimentaire du territoire. »

Des solutions d'adaptation au changement climatique

Nathalie Destephen, maraîchère à Lucgarier à l'est de Pau, a créé le groupe WhatsApp où 80 maraîchers béarnais échangent et s'entraident. « J'en suis à ma troisième tempête en quinze ans : j'ai l'habitude à force ! » veut-elle plaisanter. De nouveau victime de gros dégâts sur son exploitation, elle plaide : « On nourrit du monde, avec des légumes sains, on génère de l'emploi. Or, on n'a pas d'aide de la politique agricole commune. Mais il ne faut pas qu'on baisse les bras. »

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« On est en première ligne face au changement climatique : il faut qu'on trouve des moyens de s'adapter car il va plus vite que nous. » L'utilisation de « filets brisants » autour des serres figure parmi les pistes de protection. Certains maraîchers les ont déjà installés. « Ça diminue la force du vent et les turbulences derrière », décrit Nathalie Destephen. « Mais on a besoin de soutien pour ça aussi. Là, ça serait l'occasion d'être aidés par des techniciens pour l'installation. »

Face à cette situation d'urgence, les maraîchers béarnais attendent désormais une réponse rapide des autorités pour sauver leurs exploitations et préserver la souveraineté alimentaire locale.