Le président inaugure le Salon de l'Agriculture dans un contexte syndical tendu
Emmanuel Macron a officiellement ouvert le Salon de l'Agriculture ce samedi à Paris, dans une atmosphère marquée par les tensions persistantes au sein du monde agricole. Pour la première fois, la traditionnelle photo avec des vaches a été absente de la cérémonie d'inauguration, reflétant les difficultés sanitaires et les protestations qui secouent le secteur.
Des rencontres syndicales complexes et sélectives
Avant de couper le ruban, le chef de l'État a exprimé sa volonté de rencontrer tous les syndicats qui le souhaitent, lançant un appel à l'unité face aux multiples crises agricoles. Cet appel a reçu des réponses contrastées :
- La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont participé à une rencontre présidentielle comme prévu
- La Confédération paysanne a maintenu son boycott total, dénonçant une "cogestion insupportable" entre le gouvernement et l'alliance FNSEA-JA
- La Coordination rurale, après avoir initialement refusé l'invitation, a finalement accepté une rencontre séparée avec le président
Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, a adopté un ton plus apaisé que les appels à la mobilisation massive de la veille, déclarant : "Il y a la période de la guerre syndicale et la période où on doit construire". Cependant, il a refusé de "s'afficher" avec Macron sur ce qu'il qualifie de "salon de la souffrance" agricole.
Un dispositif de sécurité impressionnant et des actions limitées
L'Élysée a organisé une rencontre spécifique entre Emmanuel Macron et Bertrand Venteau en milieu de matinée, en présence de José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne. Cette région du Sud-Ouest constitue le fief historique du syndicat, connu pour ses actions coup de poing.
Face à l'énorme dispositif de sécurité déployé autour du président, François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, a constaté : "Ça va être un peu compliqué de faire des actions un peu musclées parce qu'on va être rapidement maîtrisés". Effectivement, aucun "bonnet jaune" n'était visible près du président lors de la découpe du ruban ni dans les allées du salon.
Les priorités agricoles pour l'année à venir
Après l'inauguration, Emmanuel Macron a rencontré les responsables de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a déclaré à l'issue de l'entretien : "Ce qui nous intéresse c'est l'année qui lui reste dans son mandat", renonçant ainsi à obtenir la "vision" pour l'agriculture qu'il réclamait précédemment.
Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers cruciaux :
- Les négociations sur le budget de la politique agricole commune post-2027
- L'accord de libre-échange UE-Mercosur
- L'accord négocié avec l'Australie qui ne convient pas aux agriculteurs français
La FNSEA espère que le président pèsera dans ces négociations, après avoir obtenu environ 9 milliards d'euros par an pour l'agriculture française sur la précédente PAC (2023-2027).
Un salon marqué par les absences et les innovations
À son arrivée, le président a découvert le stand de l'éleveur martiniquais André Prosper, qui a dû renoncer à amener sa vache brahman Biguine, initialement prévue comme égérie de l'édition 2026. Un hologramme permettra au public de découvrir cette race reconnaissable à sa bosse et à ses longues oreilles, aux racines indiennes.
Le salon devra se contenter d'environ 3 500 animaux (chevaux, moutons, porcs, chiens, chats...) en l'absence des bovins, les éleveurs ayant maintenu leur décision de ne pas les amener malgré l'amélioration de la situation sanitaire concernant la dermatose bovine.
Un secteur agricole en crise profonde
Le contexte reste particulièrement difficile pour l'agriculture française :
- Le nombre d'agriculteurs n'a cessé de baisser depuis dix ans
- Les tempêtes et crues récentes ont submergé de nombreuses cultures
- Trois hivers de suite, les agriculteurs ont manifesté avec leurs tracteurs
- La gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest a exacerbé les tensions en 2026
- Les inquiétudes sur l'accord UE-Mercosur persistent
- La balance commerciale agroalimentaire frôle le déficit
- Les aléas climatiques s'intensifient
Emmanuel Macron a toutefois affirmé samedi matin : "Par les choix sanitaires défendus par le gouvernement, on peut se féliciter d'être en train de gagner durablement le combat contre la dermatose". Aucun nouveau foyer ne s'est déclaré depuis le 2 janvier et des restrictions ont été levées dans le Sud-Ouest vendredi.
Une présence politique intense malgré les tensions
En amont de la présidentielle et surtout des élections municipales de mars, les personnalités politiques se succéderont jusqu'au dimanche 1er mars parmi les centaines de stands. Cette présence massive témoigne de l'importance symbolique et électorale du Salon de l'Agriculture, même si beaucoup d'agriculteurs n'ont "pas la tête à la fête" selon les observateurs.
Le salon s'ouvre donc dans un climat mitigé, entre volonté de dialogue présidentiel et profondes divisions syndicales, alors que le secteur agricole français fait face à des défis structurels majeurs qui nécessiteront des actions concrètes dans les mois à venir.



