À Amilly, dans le Loiret, l'usine Innolation, spécialisée dans la fabrication de panneaux isolants thermiques, a pris une décision radicale pour faire face aux sécheresses récurrentes : ne plus utiliser d'eau potable dans son processus de production. L'entreprise, qui consommait près de 12 000 mètres cubes d'eau potable par an, a investi plus d'un million d'euros dans un système de récupération et de filtration des eaux de pluie.
Une dépendance à l'eau devenue intenable
Depuis trois ans, le Loiret est régulièrement placé en restriction d'eau. En cas d'alerte maximale, la préfecture impose aux industries lourdes une réduction de 20 % de leur consommation. Cette situation a contraint Innolation à réduire sa production à plusieurs reprises, notamment en juin 2025. « C'est contraignant, clairement contraignant », confie Daniel Schmitt, président d'Innolation. « Si nous n'avions rien fait, cela aurait eu un impact très concret. En période de crise, vous êtes obligé de réduire la voilure au niveau de la production. »
Un investissement stratégique de 1,125 million d'euros
Pour éviter l'arrêt de l'usine, l'industriel a choisi l'offensive. « Notre rôle, c'est d'être en avance, de donner le tempo et la direction, plutôt que de subir demain », martèle le patron. La loi réclame 20 % d'économies ? Innolation a visé 80 % de réduction de consommation d'eau de ville, soit 10 000 mètres cubes d'eau potable préservés chaque année, l'équivalent de quatre piscines olympiques.
Pour réussir ce pari, l'usine a déboursé 1,125 million d'euros, avec un coup de pouce de l'Agence de l'Eau Seine-Normandie à hauteur de 40 %. Le chantier a consisté à transformer les 20 000 mètres carrés de toitures et les 30 000 mètres carrés de parkings en un immense récupérateur d'eau de pluie. Des pompes de relevage ont été installées sur des points stratégiques pour acheminer l'eau vers une grande cuve de stockage.
Une eau de pluie de meilleure qualité
Filtrée par des membranes et légèrement chlorée, l'eau de pluie remplace désormais l'eau du robinet dans les lignes de production. Une excellente surprise : « L'eau de pluie est de meilleure qualité pour notre process parce qu'il n'y a pas de calcaire », se réjouit Daniel Schmitt. « On se rend compte au fil des semaines qu'on la traite beaucoup moins qu'auparavant avec l'eau potable. »
Lancé fin 2025, le système fonctionne déjà à près de 90 % d'eau de pluie sur le premier quadrimestre 2026. Le patron balaie la logique purement comptable : « C'est une question de survie industrielle. On ne peut pas raisonner en termes de retour sur investissement purement économique. Investir dans l'eau de pluie, c'est investir dans une ressource stratégique. Cela permet de sécuriser l'activité dans un contexte de tensions de plus en plus fortes. »
Une reconnaissance nationale
Cette mutation vient de recevoir une reconnaissance de poids : l'Afnor (association française de normalisation) a décerné au site d'Amilly le label « Engagé RSE » au niveau exemplaire, la plus haute distinction de ce type en France. Cette récompense salue également les autres virages verts de l'usine, notamment sur le plan énergétique. Le site a substitué le gaz naturel par du biogaz issu de la biométhanisation, produit dans un méthaniseur agricole à seulement 12 kilomètres, et utilise désormais 100 % d'électricité renouvelable.



