Amanda et Marine, jeunes agricultrices qui brisent les stéréotypes dans les Pyrénées
Alors que le 8 mars célèbre la Journée internationale du droit des femmes, la reconnaissance spécifique des agricultrices a mis des décennies à émerger. Amanda Meunier et Marine Jaunarena, toutes deux âgées de 26 ans, ont choisi de reprendre les rênes d'exploitations familiales, défiant les attentes traditionnelles. Aujourd'hui, Amanda dirige un élevage bovin dans les Hautes-Pyrénées, tandis que Marine s'occupe d'un troupeau de brebis à Ossès. Leur engagement symbolise une nouvelle génération de femmes paysannes, longtemps restées dans l'ombre, comme en témoigne l'apparition tardive du mot « agricultrice » dans le Larousse en 1961.
Des parcours semés d'obstacles et de transmission
Amanda Meunier qualifie son élevage niché dans les baronnies de « ferme de femmes ». Initialement tenu par sa grand-mère en 1944, un choix qui avait scandalisé le village à l'époque, l'exploitation a été transmise à sa mère avant de lui revenir l'année dernière. Après des études en audiovisuel à Toulouse, Amanda a décidé de s'installer en 2025, inspirée par ses documentaires sur le milieu rural, dont « Fleurir » qui explore cette transmission. De son côté, Marine Jaunarena, entourée de ses brebis, gère également la transformation et la vente directe de fromage. Élevée avec le modèle masculin de son père sur le tracteur, elle a poursuivi des études en ingénierie agroalimentaire, éloignée de la reprise familiale, jusqu'à ce qu'une salariée lui prouve qu'une femme pouvait exceller dans ce métier.
Les défis persistants de la reconnaissance et de la charge mentale
Marine Jaunarena souligne le travail invisible de sa mère, comme la comptabilité et la logistique, mis en lumière lors de son départ à la retraite. Aujourd'hui, elle travaille seule avec une salariée à mi-temps, assumant une charge lourde mais motivée par sa passion. Elle refuse de suivre le schéma parental, gardant une porte de sortie et évitant les emprunts à long terme. Amanda Meunier, quant à elle, combine ferme et cinéma, estimant que son statut de paysanne lui permet de filmer authentiquement d'autres agriculteurs. Cependant, toutes deux font face à des préjugés : Amanda doit prouver sa légitimité face à des doutes sur ses compétences, tandis que Marine subit des remarques sexistes, comme se voir conseiller de laisser son père répondre au téléphone.
Une évolution lente des statuts juridiques et des mentalités
En France, les femmes représentent désormais un quart des chefs d'exploitation, contre 8 % en 1970, mais Marine Jaunarena estime qu'elles sont simplement mieux reconnues, pas plus nombreuses. Historiquement, les agricultrices étaient considérées comme des « conjointes d'agriculteurs » jusqu'à ce que des lois, comme celle de 1985 créant l'EARL, leur accordent des droits égaux. En 1999, le statut de conjoint collaborateur a ouvert l'accès aux prestations sociales, étendu aux pacsés et concubins en 2006. En 2010, la possibilité de constituer un GAEC entre époux a permis une cogestion légale. Ces avancées juridiques contrastent avec les stéréotypes persistants, illustrés par des machines homologuées pour les hommes ou des doutes sur la capacité des femmes à gérer une exploitation.
Amanda a présenté son film « Fleurir » lors de l'événement « Femmes paysannes » à Bardos, organisé par le fonds Indarra et l'association Andere Nahia, soulignant l'importance de la visibilité. La Journée internationale du droit des femmes à Bayonne, avec des manifestations et un concert, rappelle que la lutte pour l'égalité continue, notamment dans le secteur agricole où les progrès restent fragiles face aux traditions ancrées.



