Crise viticole en Gironde : Les formations s'adaptent pour attirer de nouveaux profils
Gironde : Les formations viticoles se réinventent face à la crise

La crise viticole fait chuter les effectifs dans les formations girondines

En Gironde, le secteur viticole traverse une période de turbulences profondes qui se répercute directement sur les formations. Les établissements qui préparent les futurs professionnels du vin constatent une baisse significative de leurs effectifs. À la Maison familiale rurale de Vayres, le directeur Joël Schinazi observe une chute nette : « Trente élèves en BTS viti-œno l'an dernier, neuf cette année ». Le phénomène s'est installé depuis deux ans, avec un passage d'un rythme de croisière à 28-30 élèves à seulement une douzaine aujourd'hui.

Une tendance générale qui inquiète

Cette diminution concerne l'ensemble des formations viticoles de la région. Au lycée de Montagne, la filière bac professionnel accuse une chute brutale avec seulement sept élèves pour dix-neuf attendus à la dernière rentrée, selon sa directrice Karine Vallée. Myriam Huet, directrice de l'Agrocampus Bordeaux Gironde, analyse cette situation : « Ce n'est pas tant la crise en elle-même que l'angoisse qu'elle suscite qui fait que les jeunes et leur famille sont effrayés par ces filières ».

Un paradoxe apparent : moins d'élèves mais toujours des besoins

Cette baisse des effectifs intervient dans un contexte de mutation profonde du vignoble bordelais. Entre 2023 et 2025, plus de 18 000 hectares de vignes ont été arrachés en Gironde dans le cadre du plan d'arrachage, conséquence d'une surproduction structurelle et d'une baisse de la consommation. Joël Schinazi résume la situation : « Il y a trop de vin par rapport à la consommation », évoquant une crise appelée à durer le temps d'absorber les stocks.

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La profession reste pourvoyeuse d'emplois

Pourtant, malgré cette crise, les besoins en main-d'œuvre qualifiée persistent. Myriam Huet insiste sur ce paradoxe : « C'est paradoxal : la crise viticole est là mais les employeurs cherchent du monde ». Dans les faits, les débouchés n'ont pas disparu. Karine Vallée souligne que « la profession cherche notamment des cadres intermédiaires ». Même si le nombre d'entreprises proposant des contrats d'apprentissage a diminué dans certains établissements, Joël Schinazi précise que « on arrive à trouver un contrat à tous les étudiants ».

Le renouvellement des générations : une perspective encourageante

Un autre phénomène vient relativiser la crise actuelle : le renouvellement des générations. Joël Schinazi rappelle une donnée cruciale : « Plus de 50 % des professionnels vont partir à la retraite dans les cinq prochaines années ». Cette perspective ouvre des opportunités considérables. « Même s'il y a moins d'offres aujourd'hui, il y aura quand même de l'emploi », affirme-t-il avec conviction.

Les établissements s'adaptent et innovent

Face à ces tensions, les établissements de formation ne restent pas passifs. Ils développent des stratégies d'adaptation ambitieuses :

  • À Vayres, un BTS viticulture en un an ouvrira à la rentrée 2026 pour attirer des profils en reconversion
  • L'Agrocampus diversifie ses contenus avec des options autour de l'élevage et du développement de l'œnotourisme
  • Intégration du numérique avec la création d'un bachelor Agronum à Blanquefort
  • Au lycée de Montagne, travail sur l'ouverture d'un bachelor en « génie agronomique et transition »

Une diversification nécessaire des compétences

Myriam Huet explique la philosophie de cette évolution : « Comment rendre solide un système sans qu'il soit monosystème ? ». L'objectif est clair : élargir les compétences pour coller aux mutations du secteur. « Si on mécanise, il faudra des pilotes de robots », illustre-t-elle. Cette approche répond aux besoins d'un secteur en pleine transformation.

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La filière se transforme mais ne disparaît pas

Karine Vallée précise la vision des formations : « Il faut former des cadres intermédiaires capables de penser et de mettre en œuvre ces évolutions ». Car si la vigne recule, elle ne disparaît pas. Myriam Huet assure avec conviction : « Dans le Bordelais, un secteur viticole existera toujours ». Et avec lui, des besoins différents mais bien réels.

Des profils plus polyvalents pour un secteur en mutation

« Aujourd'hui, on apprend aux élèves la viticulture, mais pas que », résume Myriam Huet. L'idée de diversification s'étend ainsi aux profils des étudiants et à leur capacité à s'adapter aux mutations du secteur. La crise agit finalement comme un révélateur : moins de vocations spontanées, mais des profils plus polyvalents, plus formés et parfois en reconversion.

Un message d'espoir et d'adaptation

Myriam Huet glisse une réflexion optimiste : « Dans les chemins difficiles, il y a aussi des choses extraordinaires ». Un message que les établissements tentent désormais de faire passer : la filière se transforme, mais elle continue de recruter. Pour le faire savoir, l'Agrocampus vient même de recruter une chargée de communication, preuve de sa volonté d'adaptation et de transmission d'une image renouvelée du secteur viticole girondin.