Fruits et légumes frais : un marché contrasté entre éclaircies et nuages persistants
L'interprofession des fruits et légumes frais français, Interfel, a profité du Salon International de l'Agriculture pour dresser un bilan nuancé de la consommation. Si des signes positifs émergent, les inquiétudes et la fragilité du marché demeurent préoccupantes pour les professionnels du secteur.
Une légère reprise en 2025 malgré un contexte difficile
Dans un environnement économique morose, une éclaircie apparaît : les consommateurs ont repris goût à l'achat de fruits et légumes frais en 2025. Les volumes achetés ont augmenté de 3% par rapport à l'année précédente, avec une hausse de 5% en valeur grâce à des montées en gamme, et ce malgré un pouvoir d'achat toujours contraint.
Les produits biologiques ont également bénéficié de cette tendance positive, enregistrant une progression de 6% des volumes achetés par rapport à 2024. Cette embellie s'explique par des facteurs conjoncturels favorables au printemps et en été, avec une météo ensoleillée, des produits de qualité élevée et des consommateurs manifestant une réelle envie de consommer ces produits frais.
Des nuages à l'horizon automnal et hivernal
Le climat s'est assombri à la rentrée de septembre avec une météo plus instable et un contexte socio-économique anxiogène qui freine les achats. L'hiver n'a pas été plus clément : des températures douces ont plombé la consommation des légumes d'hiver, faisant du poireau et du chou-fleur les premières victimes de cette baisse saisonnière.
Un portrait contrasté des consommateurs français
L'analyse des profils consommateurs révèle des disparités significatives. Les seniors continuent de tirer la consommation : ils représentent 28% de la population mais 40% des volumes achetés, comme le constate Daniel Sauvaitre, président d'Interfel.
À l'inverse, les moins de 35 ans sans enfant, qui pèsent 13% dans la population française, ne comptabilisent que 7% des achats, avec même une baisse de 2% entre 2024 et 2025. L'enjeu majeur pour la filière est donc de consolider les seniors, réengager les jeunes et renverser cette tendance préoccupante, tout en focalisant les efforts sur l'éducation alimentaire auprès des enfants.
La dépendance aux importations : un défi structurel
Le classement des fruits les plus consommés en France révèle une réalité préoccupante pour les producteurs nationaux. La banane arrive en tête avec 18,4% du poids total des volumes achetés, suivie de la pomme (14,4%) et de l'orange (10,8%). L'avocat, la mangue et l'ananas complètent ce palmarès où les fruits français peinent à se hisser sur le podium.
Globalement, 60% des fruits consommés en France sont importés, tout comme 40% des légumes. Sur ce total d'importations, 70% proviennent de pays européens, ce qui ne satisfait évidemment pas les producteurs nationaux.
Les revendications des producteurs français
Les producteurs profitent du salon pour interpeller les élus français et européens, rappelant la nécessité de :
- Simplifier les normes réglementaires
- Desserrer l'étau réglementaire national
- Harmoniser les pratiques avec le reste de l'Europe pour la protection des cultures
Daniel Sauvaitre martèle un chiffre rassurant : « 98% des fruits et légumes consommés en France sont conformes aux limites maximales de résidus autorisés ». L'occasion est également saisie pour évoquer la loi d'urgence agricole et la proposition d'étendre le Nutri-Score aux produits bruts, dont les fruits et légumes.
Une lueur d'espoir : le succès de la fraise française
Malgré ce tableau contrasté, une bonne nouvelle émerge : la fraise française gagne du terrain. Le taux d'autoapprovisionnement atteint désormais 50% sur un marché de 120 000 tonnes, comme l'explique Xavier Mas, président de l'AOP Fraises de France.
« Depuis 15 ans maintenant, nous reprenons des parts de marché à nos concurrents espagnols », souligne-t-il. La clé de ce succès ? « Nous avons axé notre stratégie sur la différenciation en investissant sur la valorisation de vieilles variétés de fraises quand la concurrence ne s'effectuait que sur le prix. Nous avons ainsi trouvé notre marché, en segmentant et en apportant de la valeur ajoutée. »



