La FNSEA lance un appel historique pour une révision constitutionnelle
Le puissant syndicat agricole français a pris une position radicale lors de son congrès à Caen. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a appelé ce jeudi à une réforme constitutionnelle visant à supprimer le principe de précaution inscrit dans la charte de l'environnement depuis 2005.
Un principe devenu "principe d'inaction" selon le syndicat
"En confondant risque et danger, le bénéfice/risque à la base du principe de précaution s'est totalement déséquilibré. Et le principe de précaution est devenu un principe d'inaction", a affirmé avec force Arnaud Rousseau devant les congressistes réunis au parc des expositions de la ville normande. Cette déclaration a été accueillie par des applaudissements nourris de l'assemblée.
Le président de la FNSEA a proposé de substituer au principe actuel un principe d'innovation qui permettrait selon lui de "déverrouiller la porte du progrès" et de "redonner du revenu et de la visibilité aux agriculteurs".
Un enjeu porté jusqu'à la présidentielle de 2027
La décision prise à Caen est d'une portée politique majeure : "la FNSEA a pris la décision de porter à tous les candidats à l'élection présidentielle de 2027 la nécessité impérieuse d'une réforme constitutionnelle", a annoncé Arnaud Rousseau. Cette initiative place ainsi le débat sur le principe de précaution au cœur des prochaines échéances électorales nationales.
Le principe de précaution, tel qu'inscrit dans la Constitution française depuis 2005, oblige les autorités publiques à agir "lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement".
Des exemples concrets pour illustrer le propos
Pour étayer sa position, le cultivateur a mentionné les incendies dévastateurs dans l'Aude l'été dernier, où "15 000 hectares ont brûlé en quelques heures". Il a souligné que "ce sont les terres cultivées, irriguées, qui ont limité la zone de feu", un argument visant à défendre le stockage de l'eau dont les nouveaux ouvrages font régulièrement l'objet de recours et controverses.
Ce débat sur l'eau constitue d'ailleurs un enjeu majeur de la future loi d'urgence agricole actuellement en préparation.
Un appel à la simplification administrative
Plus tôt dans son discours, évoquant la nécessité d'une "simplification" administrative, Arnaud Rousseau avait lancé un appel retentissant : "Osons supprimer des normes ! Osons engager une véritable révolution copernicienne pour privilégier l'engagement à la norme !"
Cette position, qui prône de s'affranchir des normes au nom de l'acte de production et de la souveraineté alimentaire, se rapproche finalement de celle du syndicat concurrent Coordination rurale, bien que ce dernier aille plus loin en appelant également à supprimer l'agence sanitaire Anses et l'Office de la biodiversité.
La recherche d'un nouvel équilibre
"Ce que nous voulons, c'est le meilleur de l'évaluation des risques et le meilleur du bénéfice. Ce que nous voulons, c'est la durabilité !" a affirmé le président de la FNSEA en conclusion de son intervention. Cette déclaration résume l'ambition du syndicat : trouver un nouvel équilibre entre protection environnementale et développement économique du secteur agricole.
Le débat sur le principe de précaution, longtemps confiné aux cercles spécialisés, entre ainsi de plain-pied dans l'arène politique nationale grâce à cette initiative audacieuse de la principale organisation agricole française.



