Dépalissage : des vignerons testent une technique pour rafraîchir les vignes
Dépalissage : une technique viticole pour rafraîchir les vignes

Depuis une parcelle de vigne orientée plein sud, on distingue les volutes de fumée qui s'échappent du plateau de Carlencas, où un incendie fait rage depuis des jours. Sur le plateau de l'Arnède, dominant la rivière du Salagou, la chaleur est accablante même en fin d'après-midi. « À Octon, le sol reste chaud longtemps le soir. La ruffe est particulièrement radiative. Faire de l'ombre est important », souligne Maguelone Dardé, du Mas des Chimères. Au sol, les températures dépassent fréquemment 60 degrés Celsius.

Une expérimentation pour préserver la fraîcheur

Sur ces terres de la famille Dardé, une expérimentation est menée pour tenter de préserver un maximum de fraîcheur, faire baisser la température au cœur des souches et conserver l'humidité dans le sol. Ce lundi soir, une dizaine de vignerons des Terrasses du Larzac sont venus observer ces techniques, avec le Civam bio de l'Hérault. Le pari repose sur une pratique encore peu répandue : le « dépalissage » raisonné de la vigne. Alors que le palissage consiste à conduire les sarments sur les fils tendus entre les rangs pour empêcher l'entassement de la végétation, le dépalissage libère en partie ces tiges.

Inspiré de la culture en gobelet

En 2023, alors qu'une sécheresse historique frappait le territoire, « nous avons commencé à réfléchir à un palissage moins systématique », explique Maguelone Dardé. Mise en pratique, la technique s'avère efficace mais doit être adaptée en fonction de la vigueur végétale des cépages. « Sur la Syrah, par exemple, nous ne le faisons pas », précise-t-elle. Le dépalissage est contraignant : « au printemps, on descend les fils. On les monte lors des passages de tracteur et pour la récolte, pour faciliter la vendange à la main. S'il pleut, pour préserver le bon état phytosanitaire de la vigne, il vaut mieux aussi relever le palissage et favoriser l'aération et l'exposition des raisins », détaille la vigneronne.

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Des résultats prometteurs sur la température et l'humidité

Selon les tests réalisés, le dépalissage d'un seul côté du rang permet de réduire la température maximale de 3 degrés Celsius au cœur des souches. Dans le sol, « il y avait 40 % d'eau en plus sur les parties dépalissées par rapport au témoin », rapporte Jouanel Poulmarc'h, chargé de mission sur le changement climatique et l'adaptation agricole à la Chambre d'Agriculture de l'Hérault. « Nous avons testé cela sur différents cépages et nous avons remarqué une diversité des effets sur la température et l'économie d'eau suivant les cépages. Le port du cépage va beaucoup jouer. Sur le grenache par exemple, on peut avoir une chute de température jusqu'à 10 degrés sur toute la saison », ajoute l'expert.

Vers une adaptation des cahiers des charges

Selon les conclusions de ces tests, les cahiers des charges des appellations pourraient être adaptés pour faire face aux bouleversements climatiques. Au niveau national, « chaque appellation est invitée à réfléchir à ce qui est essentiel, ou non, en vue d'une optimisation des cahiers des charges », indique Vanessa Méline, directrice du syndicat de l'Appellation d'Origine Protégée Terrasses du Larzac. Par ailleurs, la pratique culturale traditionnelle en gobelet semble faire son retour dans les parcelles, avec des distances de plantations adaptées à la mécanisation. Une tendance que Morgane Maîtrejean, animatrice viticulture biologique au Civam Bio, confirme.

Des limites et des contraintes

La Syrah, particulièrement vigoureuse, présente un risque de créer des voûtes entre les rangs par un dépalissage total, rendant la végétation inextricable et le travail de la vigne impossible. De plus, par décret, ce cépage fait l'objet d'une obligation de palissage. La technique du dépalissage n'est donc pas applicable à tous les cépages ni dans toutes les conditions.

Le retour en force du gobelet

La culture en gobelet, taille courte et conduite sans palissage, favorise une couverture du sol par le végétal plus importante que lorsque la vigne est palissée. L'ombre portée au sol a une incidence sur la température et sur l'évapotranspiration. Cette méthode traditionnelle permet d'ombrager les souches et les raisins, et semble gagner du terrain face aux défis climatiques.

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