Crise interne à la Coordination Rurale : les salariés dénoncent un climat de pression permanent
Les salariés du syndicat agricole Coordination Rurale (CR) dénoncent un climat de tension et de pression permanent au sein de l'organisation. Bertrand Venteau, le nouveau président du syndicat, attribue cette grogne à une stratégie de déstabilisation orchestrée par l'ancienne équipe de Véronique Le Floc'h, tout en affirmant maintenir la porte ouverte au dialogue.
Des démissions et des courriers alarmistes
La situation au sein de la Coordination Rurale est particulièrement tendue avec plusieurs éléments inquiétants :
- Des démissions d'élus du comité directeur
- Des courriers alarmistes de salariés qui dénoncent des pressions, des tensions accompagnées de coups bas
- Des actes décrits comme d'une particulière malveillance
- Une désorganisation croissante affectant la continuité des activités
Depuis Gimont, dans le Gers, où le siège national est encore implanté pour quelques mois, les employés du syndicat aux bonnets jaunes expriment leur malaise face à leurs conditions de travail. Leur cible principale : la nouvelle gouvernance incarnée par Bertrand Venteau.
Le président dit régulièrement dans les médias qu'on ne respecte pas les agriculteurs. Qu'on ne les écoute pas. Il fait la même chose avec ses salariés, déplore un membre du collectif de salariés.
Saisine de l'Inspection du travail
Ce vendredi 6 mars, via un collectif, les salariés annoncent saisir l'Inspection du travail, après de multiples signalements ignorés. Le collectif s'inquiète de plusieurs problèmes structurels :
- Une surcharge de travail devenue structurelle
- Un climat anxiogène et des pressions permanentes
- Des appels possibles jour et nuit
Ce sont des méthodes dignes du Moyen Âge, que certains ont connu il y a quelques années à la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, ajoute le collectif.
Le déménagement à Agen : catalyseur de la grogne
Le principal catalyseur de cette grogne est le déménagement du siège du syndicat vers Agen, acté en début d'année par les nouveaux membres élus au Comité directeur. Initialement, les salariés devaient quitter les locaux inadaptés de Gimont pour investir de nouveaux locaux à Pavie en décembre.
Au dernier moment, on nous a dit que c'était compromis. Car le siège allait déménager à Agen. Soit à 80 kilomètres de notre lieu de travail actuel. Cela a été un vrai choc, explique un salarié.
À ce choc s'ajoute une problématique financière selon le collectif : Nous allons donc payer trois loyers : à Gimont, où nous allons rester jusqu'à juin, à Pavie, puisque nous avions signé un bail de trois ans, et à Agen, où les premiers salariés vont arriver mi-avril.
Inquiétudes sur l'emploi et réponse de la direction
Dans ce contexte, les salariés CR s'interrogent sur le maintien de leur emploi : Il s'agit d'un plan social déguisé. Ils souhaitent que les salariés quittent le syndicat pour faire des économies.
Bertrand Venteau se défend vigoureusement : Un plan social déguisé ? C'est faux. Le président assume la délocalisation des services dans les locaux de la Maison de l'agriculture à Agen, bastion de la Coordination rurale. Pourquoi est-ce que nous irions louer des locaux qui peuvent accueillir jusqu'à 25 personnes, pour ne garder qu'une poignée de personnes ? C'est un non-sens.
Le nouveau patron de la CR temporise cependant : Nous allons faire appel à une boîte externe, afin d'auditionner tous les salariés. Écouter leurs maux, leurs doléances : il faut qu'ils s'expriment. La distance est un handicap, oui. Le dialogue est ouvert, et j'espère que l'on trouvera un accord.
Changement de direction et tensions internes
Aurélie Armand, ancienne animatrice CR 47, a été désignée directrice du syndicat national en février dernier. Ses deux prédécesseurs, nommés sous la gouvernance Le Floc'h, ont été remerciés.
Concernant le problème des trois loyers, Bertrand Venteau répond : Trois loyers à payer ? La faute à qui ? Moi, je n'ai signé aucun bail. Nous avons un héritage à porter. Je l'assume. Le patron de la CR dénonce une campagne de sape, une stratégie de déstabilisation des anciens envers sa nouvelle équipe. Ils ne digèrent pas la défaite. Il n'y a pas de fluidité dans la transmission avec les salariés en raison de cette stratégie. Mais nous trouverons des solutions.
Porosité avec la Chambre d'agriculture et dernières démissions
Dernière inquiétude partagée par le collectif des salariés : la porosité supposée entre le syndicat national et les services de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne. Une convention est en passe d'être signée pour que des prestations soient effectuées par des techniciens de l'organisme consulaire.
Je ne suis absolument pas au courant de cela, balaie Bertrand Venteau. Quand bien même ? Il y a des techniciens chambre qui travaillent en direct avec la FNSEA dans d'autres départements. À partir du moment où les choses sont conventionnées, carrées, car il s'agit évidemment d'argent public, je ne vois pas pourquoi nous nous passerions d'expertises de qualité.
Parallèlement, deux élus ont démissionné récemment. Véronique Le Floc'h, ancienne présidente, a indiqué avoir démissionné du comité directeur cette semaine. Je n'ai reçu aucun courrier, aucun mail. Je l'ai appris dans la presse. Je le regrette. Elle avait toute sa place au Codir, réagit Bertrand Venteau.
Un élu d'Indre-et-Loire, soupçonné de harcèlement sexuel sur une salariée lors du Salon de l'agriculture, a également présenté sa démission, ajoutant une dimension supplémentaire à cette crise interne qui secoue la Coordination Rurale.



