Un paysage lunaire dans un champ de maïs après les inondations
L'agriculteur Jean-Pierre Manente a eu la désagréable surprise de sa vie une fois les eaux retirées : un immense trou de près de 150 mètres de long s'étalait au milieu de ses terres cultivées. Des troncs d'arbres enfouis dans du sable pailleté, un cratère impressionnant avec un recoin rempli d'eau bleu ciel. Son champ de maïs, situé à Meilhan-sur-Garonne, ressemble désormais à un paysage désertique en ce mois de mars.
Un spectacle de désolation après la décrue
C'est le triste spectacle que Jean-Pierre Manente a découvert fin février sur ses sept hectares cultivés en bordure du fleuve. S'il connaissait les risques de cette zone inondable, autrefois appelée l'île Picoy, jamais il n'avait observé de telles conséquences après le retrait des eaux. Même en 2021, lorsque d'autres secteurs avaient subi des dégâts colossaux, rien de comparable ne s'était produit.
« Des misères, j'en ai connu dans ma vie, depuis que j'ai racheté ces terres en 1990, mais de tels stigmates, jamais », déplore l'agriculteur avec amertume. « Pas la peine de semer cette année ! À part élever des poissons, je ne vois pas bien ce que je peux faire », ajoute-t-il, presque sur le ton de la plaisanterie, si la situation ne mettait pas sa production agricole en péril total. Même le tuyau d'irrigation, habituellement enfoui, est désormais visible à ciel ouvert sur le terrain dévasté.
La force destructrice du courant de la Garonne
Alors, à part le fleuve Garonne lui-même, qui a rongé les berges au fil des années, qui est responsable de cette catastrophe ? Jean-Pierre Manente a sa propre théorie. « On est situés en dehors de la digue syndicale construite par Val de Garonne et elle n'a pas lâché », explique-t-il avec un soupir de résignation.
Il pointe du doigt un épi en pierres situé plus haut, du côté de Jusix, qui selon lui dévierait le courant du fleuve vers la rive, érodée de 30 à 40 mètres au fil du temps, jusqu'à son champ qui a été littéralement soufflé par la puissance de l'eau. « Je ne comprends pas ce qu'il fait là », s'interroge-t-il, désignant la rive opposée. L'agriculteur suspecte également une société d'extraction de matériaux, qui aurait prélevé du gravier il y a longtemps, d'avoir contribué à augmenter le débit destructeur de la Garonne.
Une reconnaissance officielle mais des solutions limitées
La commune de Meilhan-sur-Garonne bénéficie de la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, mais cette décision administrative ne changera pas grand-chose pour Jean-Pierre Manente. « La force de la Garonne était exceptionnelle, observée depuis le Tertre, mais on ne pouvait pas imaginer cela à la décrue », confie Régine Povéda, la maire de la commune.
« Quand il m'a montré cela, j'étais effarée. On peut lui prêter des camions pour porter de la terre, mais pour le reste, nous n'avons pas de solution », se désole l'édile, reconnaissant l'impuissance des autorités locales face à l'ampleur des dégâts.
Un appel à l'aide pour construire une nouvelle digue
Face à une situation qui pourrait se reproduire lors de la prochaine crue, Jean-Pierre Manente envisage de construire une nouvelle digue protectrice sur ses terres. Pour ce faire, il lance un appel urgent à des entreprises spécialisées pour venir déposer de la terre dans son exploitation. Mais pas n'importe quelle terre : sans gravier et sans sable, précise-t-il, car il en a déjà bien assez sur son champ dévasté.
L'agriculteur septuagénaire, qui a consacré sa vie à ces terres depuis leur rachat en 1990, se retrouve ainsi confronté à l'un des plus grands défis de sa carrière. Entre l'érosion continue des berges, les aménagements fluviaux contestés et la violence des crues récentes, l'avenir de son exploitation semble plus incertain que jamais.



