Charron : seize ans après Xynthia, le dossier des expropriations agricoles reste brûlant
Bientôt seize ans après le passage dévastateur de la tempête Xynthia, la commune de Charron continue d'être le théâtre de vives tensions autour des expropriations de terres agricoles. Alors que les travaux des contre-digues sud et ouest viennent tout juste de s'achever, une nouvelle étape juridique vient de relancer le débat.
Une offre d'achat par huissier qui fait polémique
François Prouzeau, propriétaire d'une parcelle de vingt hectares exploitée par l'agriculteur Sébastien Brochet, a reçu le 3 février dernier, par voie d'huissier de justice, une proposition de rachat de ses terres par le Conseil départemental. L'agriculteur à la retraite dispose désormais de six semaines pour accepter ou refuser cette offre.
« Cette procédure n'a plus de cause. Donc je vais refuser et prendre attache avec un avocat pour aller devant le juge de l'expropriation », déclare avec colère François Prouzeau, manifestant son intention de contester cette démarche.
Un dossier administratif complexe et ancien
Les digues de retrait ouest et sud ont fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique le 8 janvier 2020, prorogée par un arrêté préfectoral du 18 novembre 2024. Un premier arrêté avait été pris dès le 28 octobre 2019.
« Personne ne se remet en cause sur ce dossier. Cet arrêté qui date de six ans n'a plus d'intérêt », soutient Jérémy Boisseau, ancien maire de Charron, aujourd'hui conseiller municipal et lui-même agriculteur.
L'édile a mené de nombreuses batailles contre plusieurs préfets successifs dans le département. L'une de ces confrontations l'avait même conduit devant la justice administrative lorsqu'il avait construit sa propre contre-digue nord du village en 2014, sans études préalables.
La question épineuse de la compensation environnementale
Il est important de noter qu'aucun godet de terre n'a été prélevé sur la parcelle de François Prouzeau pour la construction des digues de retrait ouest et sud. Cette dernière consistait d'ailleurs principalement en la surélévation d'une route existante.
Pour ces vingt hectares, il s'agit davantage de compensation environnementale. Une surface que Jérémy Boisseau juge beaucoup trop importante, tout en proposant une alternative : « Il reste au moins trente hectares de friches propriétés de l'État sur la commune suite à la déconstruction de maisons après le passage de Xynthia. C'est un grand flop. Pourquoi ne pas en faire des zones de compensation environnementale ? »
Des positions divergentes parmi les élus locaux
La contre-digue ouest est aujourd'hui gérée par le Syndicat intercommunautaire du littoral Esnandes Charron (SILEC), dont le président est Didier Roblin, maire d'Yves et également agriculteur.
« La phase de négociation est passée. Le dossier est clos. Même si ces histoires de compensation environnementale me font dresser les poils sur les bras. Mais on ne peut pas aller contre la loi. Le plus impacté, c'est le fermier mais j'assume », indique-t-il, adoptant une position plus conciliante avec les décisions administratives.
Christophe Azama, premier adjoint de Charron, soutient quant à lui Sébastien Brochet, rappelant que « le foncier, c'est l'outil de travail des agriculteurs ». Cependant, il tempère les propos de Jérémy Boisseau concernant les zones déconstruites disponibles : « une bonne partie a déjà été utilisée, ou réservée en prévision de la compensation de la digue nord. Il doit rester environ trois hectares ».
Un appel au dialogue pour sortir de l'impasse
Malgré leurs divergences, le premier adjoint et l'ancien maire s'accordent sur un point essentiel : la nécessité d'une reprise des discussions. « Il faut que tout le monde s'assoie autour d'une table pour revoir ce dossier », affirment-ils conjointement.
Un rendez-vous est d'ailleurs prévu prochainement entre le Conseil départemental et le fermier Sébastien Brochet, laissant entrevoir une possible issue négociée à ce conflit qui perdure depuis près de seize ans.
L'État a depuis validé le concept « Boisseau » pour une défense du littoral comprenant une digue de premier rang associée à une digue de retrait, reconnaissant ainsi partiellement l'approche défendue par l'ancien maire. Cependant, les questions d'expropriation et de compensation continuent de diviser la communauté agricole et les institutions locales.



