Le Cefi d'Occitanie : un dispositif crucial pour l'avenir de l'agriculture
Alors que le nombre d'exploitations agricoles diminue inexorablement année après année, des solutions émergent pour soutenir la relève. Le Contrat emploi formation installation (Cefi) de la Région Occitanie représente l'une de ces initiatives prometteuses, offrant aux jeunes exploitants la possibilité de tester leur projet avant de s'installer définitivement, accompagnés par des agriculteurs expérimentés.
Un constat alarmant pour l'agriculture occitane
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en Occitanie, pour 100 agriculteurs qui cessent leur activité, seulement 68 parviennent à s'installer. Cette tendance se traduit par une diminution constante du nombre d'exploitations, tandis que celles qui subsistent voient leur superficie augmenter. Les moins de 40 ans ne représentent plus qu'un quart des effectifs agricoles de la région, soulignant l'urgence de faciliter l'installation des nouvelles générations.
Le Cefi répond précisément à ce défi en permettant aux porteurs de projet souhaitant s'installer hors cadre familial de réaliser un stage chez un agriculteur établi. Ce dispositif, qui peut durer de trois mois à un an, donne au stagiaire le statut de formation professionnelle avec rémunération assurée par Pôle emploi ou la Région Occitanie.
Reportage au Domaine de Cassagnoles à Assas
Sous les serres du Domaine de Cassagnoles, à Assas au nord de Montpellier, Florence Reillon, 39 ans, cultive avec passion une diversité de légumes biologiques. Ancienne ingénieure en chimie, elle a effectué une reconversion radicale après avoir ressenti un manque de sens dans son travail pour des industriels. "Je ne trouvais plus de sens dans le fait de travailler pour des industriels", confie-t-elle en présentant ses cultures de blettes, chou-rave, mâche, radis et navets.
Florence pratique ce qu'elle appelle du "bio intensif" avec des cultures serrées pour maximiser le rendement sur peu d'espace, tout en développant une culture sur sol vivant avec traction animale grâce à ses deux ânes. Son installation en 2021 a été facilitée par un bail signé avec l'ancien maraîcher du domaine, Christophe Sabatier, lui permettant de démarrer avec un investissement de 30 000 euros au lieu des 70 000 à 100 000 euros habituellement nécessaires.
L'accompagnement par le Cefi en pratique
Aujourd'hui, Florence tend à son tour la main à Paul Marchand, 34 ans, également en reconversion après une carrière d'ingénieur de recherche agronomique. Grâce au Cefi, Paul peut tester son association avec Florence pendant douze mois, période durant laquelle il est considéré comme stagiaire et rémunéré par la Région.
"Cela va nous permettre de vérifier que nos connaissances et nos pratiques matchent bien", explique Paul, qui partage avec Florence la même passion pour la permaculture et le recours au bon sens paysan. Leur collaboration permet déjà des échanges fructueux : Paul a incité Florence à tenter la culture de carottes malgré un sol très dur et à se lancer dans la production de melons, tandis qu'il apprend de son côté les techniques de traction animale et un nouveau calendrier de cultures.
Un dispositif aux multiples facettes
Le Cefi sert également à faciliter la reprise d'exploitations par de jeunes agriculteurs lorsque les propriétaires approchent de la retraite. Dans le cas de Florence et Paul, l'association permettra plutôt un développement de l'activité. Ils prévoient de créer un Gaec (Groupement agricole d'exploitation en commun), une forme de société agricole qui ouvre l'accès à des aides spécifiques et des crédits d'impôts.
"L'idée c'est de s'étendre en louant quelques terres, de construire, stabiliser le chiffre d'affaires en se payant convenablement", précise Florence, qui parvient actuellement à se verser un salaire mensuel de 1 400 euros maximum. "Cela me suffit, je préfère consolider la trésorerie", assure-t-elle sans regretter sa reconversion.
Des perspectives encourageantes pour l'agriculture de demain
La Région Occitanie mobilise près de 400 000 euros chaque année pour le dispositif Cefi, qui permet environ 2 300 installations annuelles dans une région comptant quelque 57 000 exploitations agricoles. Pour Florence, cette approche représente bien plus qu'une simple solution technique : "Tenter ce qu'on tente est même nécessaire. On ne peut plus laisser les industriels aller à l'encontre des lois naturelles dans un monde agroécologique malade. Notre modèle prend soin de la nature et nous fait du bien. Ce n'est pas un rêve. C'est le futur."
Paul partage cet enthousiasme engagé, évoquant "un métier qui me parle, où passion rime avec satisfaction et où tout le temps investi offre en contrepartie le contact humain et le retour direct du consommateur". Leur témoignage illustre comment des dispositifs comme le Cefi permettent de revitaliser l'agriculture en favorisant des installations réfléchies et accompagnées, essentielles pour l'avenir du secteur.



