Baudets du Poitou : la France exporte ses ânes pour sauver la race
Baudets du Poitou : exportation pour sauver la race

Ces ânons aussi doux qu’espiègles s’appellent Qenouille, Qoton, Quvée, Québec, Qhéops et Qraken. Six baudets du Poitou sont nés ces dernières semaines à l’Asinerie du Poitou – un septième suivra – et s’épanouiront peut-être aux États-Unis d’ici quelques années. Situé à Dampierre-sur-Boutonne (Charente-Maritime), ce conservatoire et lieu d’élevage financé par le Conseil départemental se démène pour sauvegarder la plus ancienne race d’âne française attestée dès le Xe siècle. En 1977, seuls 44 baudets du Poitou subsistaient à travers le monde – la motorisation de l’agriculture a accéléré leur déclin.

Préserver la race en rémunérant le travail des éleveurs

Un plan de croisement imaginé au début des années 1980 a permis d’éviter l’extinction de ces ânes affectueux et mal peignés – ils seraient désormais 2 800. « La race est toujours menacée. En 2025, 120 naissances ont été enregistrées. À titre de comparaison, le cheval comtois qui est lui-même menacé connaît environ 3 500 naissances par an », souligne Ophélie Lecampion, chargée de mission auprès de l’Association nationale des races mulassières du Poitou qui fédère 66 élevages en France (43 se trouvent en ex-Poitou-Charentes et en Vendée).

Les protecteurs des baudets peuvent aussi compter sur d’autres nations attachées à ces boules de poils tricolores. En 2025, l’Asinerie du Poitou a exporté un baudet en Pologne. « Il est tombé dans une famille au top ! Une ânesse est aussi partie en Espagne. Pour leur sauvegarde, toute aide est bonne à prendre », insiste l’animatrice Mélanie Natiez. Dès les années 1980, l’Allemagne a été la première à s’intéresser aux baudets du Poitou. Ont rapidement suivi la Pologne, la Belgique, la Suisse et la Suède, entre autres. Plus exotique : l’armée indienne a passé commande en 2010 avant le Brésil ou le Chili.

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Une demande internationale croissante

Ces achats (entre 2 500 et 6 000 euros selon les ânes, leur sexe et leur âge) contribuent indirectement à préserver la race en rémunérant le travail des éleveurs. Ils participent aussi au renouvellement génétique indispensable et constituent un vivier possible pour assurer le renouvellement du cheptel en cas de maladie, notent Mélanie Natiez comme Ophélie Lecampion.

Une autre nation se penche actuellement sur le berceau des baudets : les États-Unis. Au moins 200 ânes poitevins vivent outre-Atlantique et principalement au Texas. L’association The Livestock Conservancy planche même sur la création d’un stud-book (livre généalogique) du baudet états-unien avec l’aide de l’Association nationale des races mulassières du Poitou. Objectif : valider la génétique de ces cousins pas si éloignés pour participer au sauvetage de la race ! « Nous avons soumis à des tests ADN chaque animal que nous avons identifié. Nous espérons faire venir une équipe française sur place pour qu’elle nous forme à ses propres méthodes d’évaluation », confirme l’administratrice Jeanette Beranger depuis Pittsboro (Caroline du Nord).

Associés à la conquête de l’Ouest, les ânes occupent une réelle place dans l’imaginaire américain. George Washington a lui-même œuvré à la création d’une race spécifiquement américaine (l’American Mammoth Jackstock) en s’appuyant sur les baudets, rappelle Jeanette Beranger qui résume l’attachement états-unien pour ces ânes : « Leur apparence hirsute, leur stature imposante et leur caractère doux et placide les rendent extrêmement attachants aux yeux de quiconque les côtoie… »

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