Apprentissage : ralentissement en France, mais les filières digitales résistent
Apprentissage : les filières digitales résistent au ralentissement

Le ralentissement de l'apprentissage dans l'enseignement supérieur est une réalité dans toute la France. Malgré cela, les formations locales en communication et marketing digital maintiennent leurs effectifs. Un répit, pas une victoire, selon les observateurs de terrain.

Un contexte national difficile

Après plusieurs années d'explosion, l'apprentissage ralentit. Fin février 2026, le nombre de nouveaux contrats signés reculait de 2,8 % sur un an, selon la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). La baisse atteint 17,3 % dans l'enseignement supérieur. En cause : la diminution des aides à l'embauche et l'instauration, depuis juillet 2025, d'un reste à charge de 750 euros pour les formations à partir de bac + 3.

Transformation numérique : un moteur pour les filières digitales

Dans les métiers du digital, de la communication et du marketing, la Charente-Maritime tient pourtant. À La Rochelle, ni Excelia Communication School ni l'IUT ne constatent de chute brutale. « On a même un peu plus de dossiers que l'année dernière », observe Emmanuel Carré, directeur d'Excelia Communication School, née en 2017 sous le nom de La Rochelle Digital School et qui rassemble aujourd'hui plus de 300 étudiants entre La Rochelle, Tours et Orléans. À l'IUT, le BUT technique de commercialisation parcours marketing digital accueille une vingtaine d'alternants. Des effectifs stables depuis 2023.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le marché reste tiré par la transformation numérique des entreprises. Mais les métiers bougent vite. « On est passé du webdesign vers la communication cross-canal, le social media ou le product management », résume Emmanuel Carré.

L'intelligence artificielle accélère la mutation

L'intelligence artificielle accélère la mutation. Elle automatise les tâches répétitives comme le traitement de données, la création de contenus et exige en retour des compétences numériques encore plus solides. À l'IUT, même lecture : le danger de l'IA se situe moins au niveau bac + 3 que sur les métiers moins qualifiés. « Le BUT, c'est un cadre intermédiaire, un technicien d'expertise. On aura encore besoin d'eux », estime Béatrice Chéry, enseignante et responsable de l'alternance du parcours marketing digital, e-business et entrepreneuriat (MDEE).

Un rééquilibrage nécessaire

Le reflux est réel, même s'il épargne pour l'instant ces filières. « On va revenir à des niveaux où l'alternance redevient une alternative, pas une aubaine », analyse Emmanuel Carré. Les décisions de recrutement se prennent plus tard, les entreprises arbitrent davantage. L'IUT y voit même un avantage concurrentiel. Les cursus de cette formation publique sont facturés au niveau de prise en charge des Opco, sans reste à charge pour l'employeur. « Les formations un peu fragiles vont avoir des difficultés. L'IUT a les reins solides », juge Béatrice Chéry.

Des inquiétudes pour les jeunes peu diplômés

Derrière les chiffres se cache en réalité une inquiétude plus profonde. La Charente-Maritime est l'un des départements où le taux de poursuite d'études après le bac reste parmi les plus faibles. Pour ces étudiants-là, l'alternance n'est pas un confort, c'est souvent la seule façon d'accéder au supérieur tout en étant rémunérés. « Si l'alternance baisse, ce sont ces jeunes qu'on perd en premier, alerte Béatrice Chéry. Moins proposer cette possibilité, c'est dommage. »

Un constat partagé par l'Opco Atlas

Ce rééquilibrage, l'Opco Atlas le confirme à l'échelle régionale. En Nouvelle-Aquitaine, les contrats dans les secteurs du numérique et de la finance sont passés de 6 659 en 2022 à 5 660 en 2025. En Charente-Maritime, la baisse atteint 22 %. « Les sujets de tension sont uniquement financiers, tranche le délégué régional David Tondellier. Le dispositif, lui, fait l'unanimité. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le CFA Actoria contraint de s'adapter

Il y a trois ans, le CFA Actoria comptait plus de 900 alternants. Ils sont aujourd'hui 700, répartis dans neuf filières, du CAP au bac + 5. Le recul est net. Mais, pour Cyril Blattes, son directeur, l'explication dépasse largement les seules réformes de financement. « La conjoncture économique, on la sent. Les entreprises sont frileuses pour recruter des apprentis à la rentrée », résume-t-il. À ce jour, le CFA, géré par la CCI Charente-Maritime, observe un tiers d'offres en moins par rapport à 2024 à la même période. Des candidats, il y en a. Des postes, moins.

Derrière ce recul, un autre phénomène, celui de l'explosion du nombre d'opérateurs depuis la réforme de 2018. En Nouvelle-Aquitaine, on comptait moins de 115 CFA avant la réforme. Ils étaient plus de 350 en 2024. « Tous les organismes de formation se sont mis à faire de l'apprentissage », constate Cyril Blattes. Résultat : une concurrence exacerbée, des équilibres économiques fragilisés et des fermetures qui commencent à se produire sur les territoires.

Dans ce contexte, certains cursus deviennent impossibles à maintenir. Le BTS notariat d'Actoria a fermé. Le brevet de maîtrise fleuriste n'a pas ouvert l'an dernier. « Le directeur de CFA devient un vrai gestionnaire, reconnaît Cyril Blattes. Il faut savoir adapter sa voilure, fermer des groupes et se redéployer. » L'homme, trente ans de formation au compteur, reste pourtant convaincu du modèle. « Les règles changent tout le temps et les entreprises s'y perdent. Mais l'apprentissage, lui, reste une valeur sûre. Il faut juste trouver le juste milieu et s'y tenir. »