L'Association des producteurs indépendants de noisettes française voit le jour
Créée en juillet 2024, l'Association des producteurs indépendants de noisettes française (API-NF) fédère désormais une centaine de producteurs français. Ces derniers sont libres de tout engagement coopératif, un choix stratégique qui vise explicitement à « protéger le marché » dans un contexte de tensions multiples.
Une filière en pleine agitation
Parent pauvre de la Loi Duplomb, la filière noisette connaît depuis plusieurs années une agitation sans précédent. Les défis sont nombreux : l'interdiction du recours à l'acétamipride, un néonicotinoïde plébiscité par les producteurs pour son efficacité contre le balanin et la punaise diabolique, représente un coup dur. Les soubresauts qui agitent la coopérative Unicoque ajoutent à l'instabilité, mais ne résument pas à eux seuls l'actualité du secteur.
Une première assemblée générale historique
Présidée par le Tarn-et-Garonnais Samuel Delord, l'API-NF a tenu sa toute première assemblée générale le 19 janvier. Les adhérents, majoritairement originaires du Sud-Ouest (Lot-et-Garonne, Landes, Gers), cultivent collectivement 3 500 hectares. Notons que 35 % de ces surfaces ne sont pas encore entrées en production, tandis que les plus gros vergers s'étendent sur 350 à 500 hectares. L'association revendique fièrement 30 % de la production nationale de noisettes.
Le parcours du président Samuel Delord
Diplômé d'une école de commerce, Samuel Delord a repris l'exploitation familiale en 2015, après une expérience professionnelle aux États-Unis. À l'époque, le marché était prometteur. Dix ans plus tard, la demande reste forte, mais la production est devenue un véritable défi. Après quatre années marquées par une pression prédatrice intense, avec des baisses de rendement d'environ 25 %, l'année 2025 offre un léger répit, malgré des taux de fruits pourris plus élevés que la normale.
Objectifs et stratégies de l'API-NF
L'association, explique Samuel Delord, « a pour objectif de protéger le marché ». Elle est née de la volonté de fédérer des producteurs « libres de nos engagements coopératifs ou qui n'en ont jamais eu ». Sans jamais citer nommément Unicoque, et sans préciser les relations avec des acteurs comme France Prunes ou le géant italien Ferrero, Delord se félicite que l'API-NF soit désormais un interlocuteur identifié du ministère.
« Nous sommes complémentaires de la coopérative », juge Loïc Carrère, producteur à Brax. « Certains, comme moi, ont un attrait pour la commercialisation post-récolte… » Les débouchés de l'association sont multiples : elle se tourne vers des industriels privés comme des coopératives, et attend même leurs visites, tant le marché est tendu.
Un contexte national et international difficile
La France ne produit que 15 % des 25 000 tonnes d'amandons consommées chaque année sur son territoire, faisant de l'Hexagone le deuxième pays le plus friand de noisettes au monde. À l'échelle mondiale, la France pèse à peine 1 % de la production totale, estimée à 1,2 million de tonnes, dominée par la Turquie (65 %) et l'Italie (12 %). Ces pays ne subissent pas la même « impasse phytosanitaire » que les producteurs français.
Les conséquences de l'impasse phytosanitaire
« C'était une filière qui marchait bien, qui était rentable. Elle permettait d'investir, d'embaucher un salarié en plus. Et là, une molécule en moins remet tout en cause », déplorent Samuel Delord et Loïc Carrère. La valorisation des récoltes demeure satisfaisante, mais elle n'est pas suffisante, en l'absence d'alternative efficace à l'acétamipride, pour encourager de nouvelles plantations. L'avenir de la filière noisette française repose donc sur la capacité des producteurs à s'organiser et à trouver des solutions durables.



