Victor Burté, docteur en agronomie, a quitté les laboratoires de recherche pour lancer Prod’insectes en plein cœur d’Antibes. Son créneau : élever des vers de farine pour révolutionner l’alimentation animale et proposer une alternative naturelle aux engrais chimiques.
Un entomoculteur en milieu urbain
Derrière le bruit incessant du boulevard Wilson, à Antibes, se cache une activité pour le moins insolite en milieu urbain. Victor Burté est entomoculteur, un mot savant pour désigner un métier d’avenir : éleveur d’insectes. Rien ne prédestinait pourtant ce trentenaire à passer ses journées au milieu des larves, si ce n’est une solide formation scientifique et un profond désir d’action : « J’ai fait un doctorat en agronomie, où j’étudiais le trichogramme, un insecte utilisé à la place de pesticides pour lutter contre les ravageurs de grandes cultures. Mais, dans le milieu de la recherche, ça prend beaucoup de temps pour développer quelque chose qui sera appliqué sur le terrain. Je voulais participer plus rapidement à une amélioration des choses. »
Il lui aura fallu sept ans pour faire mûrir son projet et passer « de la théorie à la pratique ». En juin 2025, il achète une partie de l’élevage d’un confrère qui cesse son activité et commence, pas à pas. En un an à peine, le cheptel a quadruplé.
Le ver de farine sous toutes ses coutures
Pour l’instant, Victor se concentre exclusivement sur une seule espèce : le ténébrion meunier, plus connu sous le nom de ver de farine. Un choix stratégique, qui lui permet de décliner déjà quatre produits distincts : « Le vivant, pour les amateurs de reptiles, d’amphibiens ou les pêcheurs. Le déshydraté : une friandise qui cartonne auprès des oiseaux sauvages, des hérissons et des animaux de basse-cour. La poudre d’insectes, pour l’aquariophilie et les crustacés. Et enfin le frass (l’engrais organique), issu des déjections des insectes, idéal pour booster les potagers et les plantes de balcon. »
Mais comment ça marche ? Avec un processus qui requiert beaucoup de patience. Le cycle commence par les adultes – des petits scarabées noirs – qui pondent dans des bacs de céréales. Les larves sont ensuite hydratées avec des fruits et légumes bio. « Il faut bien 4 mois à 25 degrés pour développer la larve. Cet hiver, comme les températures ont baissé, il m’a fallu 8 mois pour atteindre un stade mature », indique l’expert qui est victime de son succès : « Je suis en rupture de stock de vers de farine déshydratés ! Il faut que j’augmente encore la production. »
Améliorer l’alimentation animale
On l’imaginerait bien à la campagne, chemise à carreaux et chapeau de paille. Et pourtant, c’est en pleine ville que Victor Burté milite pour l’agriculture de demain. « C’est une activité agricole qui ne nécessite pas d’avoir un grand terrain, ni d’être en zone rurale. Mon objectif et ma raison d’être, c’est vraiment d’améliorer l’alimentation animale. On a tous vu des reportages sur les dérives des fermes industrielles. Je veux proposer des produits plus sains, plus respectueux du régime alimentaire des espèces. »
Et cela commence par chez lui. Pour nourrir ses pensionnaires, l’entomoculteur a mis en place un réseau local et antigaspi. Il récupère les invendus de deux magasins bio d’Antibes ainsi que les rebuts de producteurs de champignons locaux. Rien ne se perd, tout se transforme.
« Ce n’est pas encore dans les mœurs »
Pour structurer son projet, il a intégré la coopérative d’entrepreneurs Mosaïque, un appui indispensable pour un projet qui suscite l’étonnement. Seul sur le secteur à proposer ce type de production, l’entrepreneur doit faire face au scepticisme et à la curiosité : « Quand je dis que je suis éleveur d’insectes, la moitié des gens font une moue de dégoût et l’autre moitié est curieuse. Ce n’est pas encore dans les mœurs. Face aux agriculteurs, c’est délicat aussi, ils ont leurs habitudes. Il ne faut pas leur imposer quelque chose, il faut leur proposer une alternative. »
Les lignes bougent doucement. « Petit à petit, le projet prend. Mais il faut pouvoir en vivre. » Prod’insectes est pour l’instant une petite larve, qui ne demande qu’à grandir.



